Collectif Prouvènço - Uno regioun uno identita uno lengo

Auguste Chabaud vu par Mas-Felipe Delavouet

LA PROVENCE CONFINEE - LA PROVENCE CULTIVEE

D 2 avril 2020     H 12:06     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Né à Nîmes, parti à Paris affiner sa formation, installé définitivement à Graveson après la guerre, ami de Matisse, c’est avec son style : formes simples, palette chromatique réduite mais couleurs violentes bordées de noir, lourd d’expression, sans aucune empreinte folklorique, qu’à travers paysages, portraits et scènes de la vie rurale, Auguste Chabaud, fauve, précurseur de la peinture moderne, mais avant tout fier, passionné et défenseur de sa Provence il la peint dans la tradition des grands maîtres provençaux.

Parmi ses sujets de prédilection la Montagnette occupe une large place. De 1920 jusqu’à sa mort, il n’a de cesse de la peindre.
Ces tableaux, comme les scènes d’intérieur et les oeuvres semblables à des instantanés photographiques qui livrent un témoignage sur le Graveson de la première moitié du XXe siècle, ont fait l’objet d’un livre dont l’introduction a été confiée à Max-Philippe Delavouët.

Voici ce que le poète dit du peintre :

La Mountagneto e soun pintre

De qu’es la Mountagneto ? Un acamp de moudèsti coulino que, pèr un moumenet, acoumpagnon lou Rose, ‘mé si cresten gausi pèr la roundo di siècle e si coumbo ounte pousso tant l’amelié verdau que lou gris óulivié. Es rèn qu’un pichot mounde engimbrant en secrèt li bèu raport que fan si baisso e sis auturo.

De darnié soun oustau, Chabaud lou poudié vèire coume un bàrri lóugié dóu coustat dóu Couchant. E, sènso s’arnesca pèr uno longo escourregudo, poudié tranquilamen, tout en tubant sa pipo, ana se i’espaça quand acò lou prenié.

Ansin coume uno bello pajo éu aprenié de-cor e fasié siéuno la leiçoun que ié disien lis aubre e l’aspreta di roco e la douçour di tapis d’erbo courto, à chasque cop que, s’enfielant entre éli, soun regard li ligavo en fraso moudulado avans de tout ramba dins uno memo dicho.

E d’à cha pau venguè coume di persounage que, fin qu’aqui, davans éu s’aplantavon. Vèn un moumen dins la vido d’aquéli que se soun di que l’art ié prestarié d’ajudo pèr trauca, meme un pau, li bartas dóu mistèri, vèn un moumen que fau faire sa prègo.

L’artiste alor dèu semena soun amo coume póusso d’atome fin qu’à ço que se pause sus li causo, ié rintre dintre e se counfoundre emé sa fibro memo. Es encaro lou mot d’identificacioun que sèmblo lou mai juste pèr dire aquel escàmbi entre l’artisto e ço que vèi. Chabaud, coume un autre Flaubert, aurié bèn pouscu dire : « La Mountagneto, es iéu ». Es talamen verai que, vuei, pèr quau s’envai enjusqu’au pèd d’aquelo colo, noun s’estalouiro e se recampo qu’un païsage, sènso retipe en-lìo e que ié fai pensa : es un Chabaud."

Mas-Felipe Delavouet,
Introduction à l’album Auguste Chabaud (Ed. « Cercle d’Art », Paris, 1983)

Mas de la Chausse dans la Montagne
1930, Huile sur panneau, 63 x 106 cm

Chemin entre les Montagnettes
Huile sur carton, 38 x 54 cm

La Montagnette et son peintre

Qu’est-ce que la Montagnette ? De modestes collines assemblées, qui pour court un instant, accompagnent le Rhône, avec leurs sommets usés par la ronde des siècles et leurs vallées où pousse tant l’amandier vert que le gris olivier. Ce n’est rien qu’un petit monde harmonisant en secret les beaux produits de ses basses et hautes terres.

A l’ombre de sa maison, Chabaud pouvait l’apercevoir comme un rempart léger du côté du Couchant. Et, sans s’apprêter comme pour une longue excursion, il pouvait calmement, tout en fumant sa pipe, aller s’y promener quand cela lui prenait.

Ainsi comme une belle page, il apprenait par cœur et faisait sienne la leçon que lui contaient les arbres et l’aspérité des roches et la douceur des tapis d’herbes courtes, à chaque fois que, s’entremêlant entre elles, son regard les liait en phrases articulées avant de tout ramasser dans un même dire.

Et peu à peu cela devint des personnages, jusqu’à qu’ils se dressent devant lui. Il arrive un moment dans la vie de ceux qui se sont dit que l’art lui leur prêterait ses dons pour percer, même un peu, les ronces du mystère, il arrive un moment où il faut faire sa prière.

L’artiste alors doit semer son âme comme de la poussière d’atome afin que ce qui se pose sur les choses, entre en lui et se confonde avec sa fibre même. C’est encore le mot d’identification qui semble le plus juste pour dire cette symbiose entre l’artiste et ce qu’il voit. Chabaud, comme un autre Flaubert, aurait bien pu dire : « La Montagnette, c’est moi ». C’est tellement vrai qu’aujourd’hui pour qui s’en va jusqu’au pied de cette colline, ne s’étale et ne se rassemble devant ses yeux qu’un paysage, sans copie nulle part, et qui lui fait penser : c’est un Chabaud."

Max-Philippe Delavouët,
Introduction à l’album Auguste Chabaud (Ed. « Cercle d’Art », Paris, 1983)

La Montagnette

Chemin tournant dans la Montagnette près de Tarascon
Vers 1942, Huile sur toile

La Montagnette
Huile sur toile, 38,5 x 55,5 cm

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