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mardi 11 décembre 2012

COMPTE-RENDU DES JOURNEES DE L’ARPE Agence Régionale Pour l’Environnement

Marseille, Hôtel de Région

D 19 décembre 2012     H 17:53     A La Chourmo dóu Couleitiéu     C 0 messages


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DEVELOPPEMENT DURABLE DES TERRITOIRES, UN DEFI CULTUREL ? LE COMPTE A REBOURS DE L’OCCITANISATION DEFINITIVE DE LA PROVENCE EST LANCE !

Le 11 décembre 2012 étaient organisées les rencontres de l’ARPE (Agence Régionale Pour l’Environnement) dont le thème était « développement durable des territoire, un défi culturel ? ». Les "acteurs" du territoire, urbanistes, économistes, entrepreneurs, sociologues, linguistes, artistes, ..., étaient invités à cette journée de travail dont la finalité est l’élaboration de textes fondateurs d’une politique culturelle "durable "devant guider l’avenir culturel de la région Provence Alpes Côte d’Azur.

Le Collectif Prouvènço n’a pas reçu d’invitation, malgré cela il a décidé d’y participer. In fine, nous avons été acceptés.

Ce sont près de 300 personnes qui se sont retrouvées à l’hôtel de Région. 170 professionnels de la culture et de l’environnement, une soixantaine de cadres administratifs issus du Conseil Régional, des Conseils Généraux, de communes du territoire, une quinzaine d’universitaires, une dizaine d’élus de la République (dont la moitié issue du Parti Occitan Europe Ecologie les Verts) et une vingtaine de militants occitanistes ( Poc, Ieo, Aquo d’aqui, Aeloc, Prouvenço d’Aro…). Nous avons remarqué l’absence totale des associations et des organismes représentant le tissu culturel provençal et niçois.

Le premier intervenant de ces Rencontres fut le professeur Philippe LANGEVIN président de l’ARDL ( Association Régionale pour le Développement Local) et auteur du fameux rapport occitaniste dit « Langevin » qui fut abrogé sur intervention particulière des universitaires provençaux. L’axe majeur de son intervention a consisté à un compte rendu d’un groupe de travail de l’ARPE auquel ont été associées un certain nombre "d’acteurs" du territoire. Ce groupe de travail était constitué de 22 personnes dont 7 occitanistes.

L’objectif de ce groupe de travail était "d’envisager la prise en compte de la diversité culturelle dans la politique de développement durable... établir un pont entre culture et développement durable"* intention plus que louable si les conclusions de ces travaux n’amenaient pas à une totale hégémonie occitaniste. " Peut on parler d’une culture spécifique à la région Provence Alpes Côte d’azur qui regroupe des territoires ne partageant pas la même histoire ? "* Aussitôt la question posée la réponse fuse sans aucune forme de débat : "L’appartenance à l’Occitanie nous invite à répondre positivement ... d’un point de vue historique, il n’est pas contestable que la région Provence Alpes Côte d’Azur porte avec bien d’autres régions et de 32 départements, ce vaste ensemble, une culture d’oc aujourd’hui menacée... elle passe par de nombreux canaux qu’il serait hasardeux de prétendre tous présenter ici. La langue occitane est une de ses composantes.... Les politiques conduites par les acteurs publics s’appuient, sur ces spécificités que l’on pourrait appeler identité si ce mot ne faisait pas courir le risque d’être assimilé à l’idée de fermeture aux autres.... Valoriser la culture occitane...c’est tout simplement reconnaitre son rôle structurant sur son territoire entre tous les groupes sociaux qui ont fait son histoire. La restauration de ce patrimoine est en soi un des objectifs du développement durable "*

Cela correspond bien à une action globalisée venant depuis la Région Aquitaine, avec la proposition d’un Centre Supra Régional Occitan, ainsi que d’une télévision occitane dont la vocation est de couvrir 32 départements.

Ainsi l’on comprend mieux l’allusion de "folklore facile et une réputation bien établie de société de fainéants, d’amateurs de pastis et de joueurs de boules " * donnant une image totalement caricaturale, voire même raciste des provençaux.

L’une des préconisations données en conclusion est d’"enseigner la Région Provence Alpes Côte d’Azur dans son héritage occitan"*, les nationalistes du Parti de la Nation Occitane (indépendantistes) n’auraient pas dit mieux !

L’intervention du professeur Jean-Michel Lucas, de l’université Rennes 2, apporte une vision totalement différente du sujet abordé.

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les 3 piliers du Développement Durable

Après avoir rappelé que "le développement durable ne peut être qu’un développement "humain" durable, ce qui impose à tout moment, la nécessité pour les êtres humains en liberté de "faire culture ensemble" dans la reconnaissance réciproque de leur égale dignité, et pas uniquement dans l’optimisation" de leur consommation de produits culturel" **, le professeur Lucas a donné de grands coups de pieds dans la fourmilière des certitudes inébranlables de tous les « cultureux » présents ce jour à Marseille en démontrant que la culture n’était pas le quatrième pilier du développement durable (aux côtés des piliers fondamentaux que sont l’environnement, l’économie et le social).
Au niveau environnemental, l’objet artistique quel qu’il soit même s’il alerte sur une problématique écologique n’est qu’un enjeu de communication, il ne résout rien, de même que les efforts des "acteurs culturels font pour réduire leur impact négatif sur l’environnement "**sont plus que négligeables, bien que louables "vu le poids du culturel dans toutes les activités polluantes"**

Au niveau économique et s’adressant à l’ensemble des professionnels de la culture présents : "...tous les acteurs du secteur culturel sont dans le même sac, ils répondent aux demandes des consommateurs culturels..."** En effet depuis les accords de Rio de 1992 sur le développement durable il a été établi que la culture doit se plier aux exigences du libre échange et de la concurrence non faussée. La culture est un objet concurrentiel pour les villes : "...une des dimensions essentielle de leur combat est de conserver les plus talentueux de leurs habitants et d’attirer les savoirs faire, les élites intellectuelles nomades ..." Marseille capitale de la culture 2013 est le parfait exemple de cette lutte concurrentielle que se livrent les villes de France.

Au niveau social, sous couvert de vouloir démocratiser "LA" culture auprès des défavorisés qui ne lisent pas, ne vont pas au spectacle ou au concert, les professionnels du milieu culturel imposent de façon univoque leurs choix, ceux qu’ils ont fait financer par les services culturels publics et qu’ils définissent eux même comme "bonne culture" de fait, "la culture des "sans culture" est niée, invalidée, méprisée"** et pourtant les accord de RIO + 20 précisent "...il est indispensable, pour réaliser le développement durable, que les peuples aient la possibilité ...de participer aux processus décisionnels..."**. Or, nous constatons qu’il n’en est rien en matière de politique culturelle populaire, et en particulier dans notre région où il y a une véritable dictature des "cultureux".

Le professeur Lucas conclut en appelant à l’organisation de "Palabres" ouvertes à tous pour définir une politique culturelle équitable et durable. Il définit que le référentiel incontournable est la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et son article 1 " Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit " et de préciser " la défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. "**

Ce discours a mis en émoi les milieux occitanistes. David Grzyb a par ailleurs fait une intervention remarquée sur les médias dans notre région.

L’après midi cinq ateliers étaient organisés. Nous avons participé à l’atelier "diversités culturelles et identité régionale, piliers du vivre ensemble" et "culture, économie et aménagement du territoire".

Nos conclusions ont été identiques à savoir que les sujets ont à peine été abordés. Ils n’étaient en fait que prétexte, l’essentiel du temps étant consacré à la promotion des activités des animateurs de ces groupes.

Un autre point commun inquiétant est l’affirmation de l’occitanisme comme base de la culture régionale et ceci de façon forte et consensuelle. Nous avons pu constater le résultat d’un travail d’entrisme de longue haleine qui porte ses fruits. Nous avons entendu parler de langue et de culture d’oc, d’occitan, de parler en oc, d’occitano-provençal, jamais de langue et de culture provençale. Les provençalistes étaient définis comme des « patoisants », des « locaux », des « folkloristes dont on ne veut pas »… « La santonisation des tenants du provençalisme » ne pouvant être contrariée que par « la mise en place d’une politique culturelle d’oc qui ne soit ni provençalisée ni folklorisée ».

On était bien loin de la « palabre » préconisée par le professeur Lucas qui a quitté ce groupe en cours de séance avec un sourire qui en disait long ...

Nous avons fait le choix assumé de ne pas assister à la séance plénière de conclusion dont l’animation était faite par Aïcha Sif, présidente de la commission culture du conseil régional, groupe Europe Ecologie les Verts Parti Occitan, pour la synthèse des ateliers et par Hervé Guerrera, conseiller régional du parti occitan chargé de la conclusion et de la présentation des perspectives. Nous avions en effet choisi d’avoir une attitude d’observateurs et de rapporteurs.

En conclusion, voici quelques éléments fournis par Philippe Blanchet, professeur en sociolinguistique à l’Université de Rennes 2 et reconnu mondialement :

« Par conséquent, dans l’idéal, un débat serein devrait pouvoir aboutir à ces conclusions et à des décisions évidentes. C’est sans compter avec la force, parfois la violence, dont les êtres humains sont capables pour défendre passionnément un choix de société, surtout lorsqu’ils ont une pensée et un discours d’autant plus dogmatiques que leur objet est incertain (comme l’est le projet occitaniste). Et si les invectives et les incompréhensions mutuelles ont volé de part et d’autre, il faut bien constater qu’il y a, du côté de la mouvance occitaniste, une stratégie globale de prise de pouvoir, de refus du débat, de manipulations, voire de diffamations... J’en ai fait en 2004 une étude dans la principale revue internationale de sociolinguistique, publiée aux Etats-Unis, que les responsables m’avaient demandé de diriger sur ce sujet, tellement il apparaissait surprenant dans le milieu des chercheurs sur ces questions. Beaucoup de ceux, notamment en situation de tenir des propos publics, qui ont exposé un point de vue opposé à l’occitanisme se sont vus un jour ou l’autre injuriés, diffamés, victimes de tentatives de censures ou d’exclusion auprès des organismes qui leur donnent la parole ou leur confient une mission. Une forme courante de cette stratégie consiste à tenter de déconsidérer politiquement, scientifiquement ou linguistiquement tel ou tel non aligné. Nous sommes hélas nombreux à en avoir de précieuses et imposantes archives. »

« Dans le contexte sociolinguistique, j’ai personnellement la conviction scientifique et citoyenne que c’est l’option "régionaliste" et non l’option "occitaniste" qui est la plus adaptée. J’en fais la proposition ouverte à la discussion. »

*Culture et développement durable, éléments pour la mise en œuvre en Provence Alpes Côte d’Azur, ARPE, Avril 2012
**Culture et développement durable, Jean Michel LUCAS édition de l’Irma