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Fête de la Saint-Marc

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D 25 avril 2020     H 16:22     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Contrairement à d’autres régions vinicoles, le saint patron des vignerons vauclusiens n’est pas saint Vincent mais saint Marc, que l’on fête habituellement le 25 avril.

Villeneuve-lès-Avignon est la commune qui n’a jamais failli à la célébration de cette fête depuis le Moyen-Age (même en temps de guerre).

Encore de nos jours la Confrérie de Saint-Marc (voir Fête de Saint-Marc) organise chaque année cette grande fête traditionnelle provençale.

Dans l’attente de la prochaine édition (vraisemblablement en 2021), nous vous proposons de découvrir le récit d’une fête de la Saint-Marc par Noël Lacombe, instituteur de la ville au début du XXe siècle.

"La Saint-Marc était une fête profane à laquelle s’associait le clergé. Les vignerons constituaient pour la circonstance une confrérie que se choisissait un chef, le bayle , lequel était en quelque sorte le régisseur des diverses cérémonies.

Le 24 avril, cet important personnage, assisté de quelques confrères, allait arracher deux souches : il portait l’une dans sa propre demeure, l’autre à l’église où on a plaçait devant le buste de saint Marc que l’on avait disposé sur un socle devant la balustrade du choeur. Autour de ce petit autel, s’ordonnait une décoration constituée essentiellement par des branches d’olivier, de mûrier et des épis de blé, ceux-ci choisis parmi les plus beaux et conservés pour la circonstance depuis la dernière moisson. Ainsi se trouvait rassemblé auprès de l’effigie du saint ce qui devait rappeler les principales productions de la commune : vin, olives, soie, céréales, sur lesquelles on désirait que s’étende sa protection particulière.

Le lendemain, 25 avril, dans la matinée, les vignerons se réunissaient auprès de la maison du bayle, y prenaient la souche ornée de flots de rubans multicolores et, en cortège, se dirigeaient solennellement vers l’église, précédés de tambourinaires.

Ils assistaient à la messe. A l’issue de la cérémonie religieuse, avait lieu la promenade de la souche dans les rues de la ville : un agile farandoleur, porteur de la souche, exécutait infatigablement des sauts et des gambades pendant que ses confrères offraient de maison en maison le gâteau de circonstance, la fougasse*. Chacun leur remettait une pièce de monnaie. Il va sans dire que l’accueil comportait parfois l’offre d’un verre de vin.

A midi un banquet amical réunissait les membres de la confrérie. Chacun avait apporté une bouteille de son meilleur vin. A l’issue du repas, la promenade de la souche recommençait pour ne prendre qu’au soir tombé.

La nuit venue, en présence d’un grand concours de peuple rassemblé sur la place Saint-Marc, on dressait un bûcher tandis que les cloches de la paroisse se mettaient à sonner à toute volée. Le porteur de la souche apparaissait avec son cortège, entrait dans l’église, suivi par la foule. Le clergé donnait la bénédiction. Aussitôt après, le Cant di graci retentissait. Les assistants sortaient sur la place et le chant était repris. [...]

Puis, au milieu des cris poussés à pleine voix de Vivo Sant Marc, Vivo lou maiou* ! , le curé mettait le feu au bûcher et rentrait aussitôt après dans l’église, accompagné de son vicaire et des enfants de choeur. On posait la souche sur le bûcher enflammé mais on ne l’y laissait pas se consumer. On la retirait après quelques instants pour la remettre au bayle chargé de la conserver l’année durant. La fête prenait fin par le cri traditionnel de Vivo Sant Marc, couquin de Diéu ! ."


*il s’agit plutôt des tourtihado, brioches bénies durant l’office.

*le maiou signifie cep de vigne en provençal.

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