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Invitation au voyage

A travers la poésie de Fernand Moutet (1913-1993)

D 28 avril 2020     H 16:23     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Né en 1913, à Arles, Fernand Moutet a été instituteur puis professeur d’anglais, dans les Alpes-Maritimes. Prix Frédéric Mistral en 1957, il publia de nombreux recueils de poésie en provençal dont Fenèstro (1962), Au rendès-vous di barquejaire (1964), L’autro ribo (1969), Lou rampelin meraviha (1976), La fèsto di lou pargue(1986), Lou raubaire de chivau (1979), La fèsto dins lou pargue (1986) et Li car marino de moun reiaume (1991).

Sarai jamai d’aquéli que laisson soun oustau,
Soun jardin, sa famiho, si chin emé si libre,
Pèr ana, escoundu souto quauco escoutiho,
Serpa vers d’Americo liuencho emai fabulouso.
Ai pamens pressenti ço qu’un despart pòu èstre,
Un jour qu’un vièi batèu me vouguè carreja.
Ero di mai moudèste e sentié lou carboun.
Mai pamens, sout mi pèd, vibravo coume un autre.
Erian d’ouro emé d’ouro ana à la desciso,
Dintre li pradarié bagnado de Setèmbre.
Moun oste me voulié mena dins soun païs,
Que se vèi tout au nord sus li carto marino.
Sa vièio maire, en dòu, que la revese encaro,
Pourtavo un noum estrange qu’ai jamai retengu.
A coustat de l’empento di maniho lusènto,
Avian tóuti begu un vèire de vin negre.
Qu’aguèsse aprés, despièi, à l’asard d’un rescontre,
Qu’avié lou barquejaire ribeja la presoun,
Que m’enchalié ? M’avié, aquéu matin d’autouno,
Oufert soun amista emé soun vin simplas,
E, pèr iéu tout soulet, entre-dubert li porto
D’un mounde misterious que me trèvo toujour.

in Au rendès-vous di barquejaire, édition de l’Escolo de la Targo, Toulon, 1964

Reviraduro :

Je ne serai jamais de ceux qui laissent leur maison,
Leur jardin, leur famille, leurs chiens et leurs livres,
Pour aller, cachés sous quelque écoutille,
Voguer vers des Amériques aussi lointaines que fabuleuses.
J’ai pourtant pressenti ce que peut être un départ,
Un jour qu’un vieux bateau voulut me prendre en charge.
Il était des plus modestes et sentait le charbon.
Pourtant, sous mes pieds, il vibrait tout comme un autre.
Nous avions des heures et des heures descendu la rivière,
Parmi les prairies mouillées de septembre.
Mon hôte voulait m’emmener dans son pays
Qui figure tout au nord sur les cartes marines.
Sa vieille mère en deuil, que je revois encore,
Portait un nom étrange que je n’ai jamais retenu.
A côté du gouvernail aux poignées luisantes,
Nous avions bu un verre de vin noir.
Que j’aie appris, par la suite, au hasard d’une rencontre,
Que le marinier avait côtoyé la prison,
Que m’importait ? Il m’avait, par ce matin d’automne,
Offert son amitié avec son humble vin,
Et entrouvert, pour moi seul, les portes
D’un monde mystérieux qui me hante toujours.

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