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La charte "Oui à la langue et à la culture provençales" s’invite aux élections municipales

D 8 juin 2020     H 12:49     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Le choix de la date de lancement de la charte « Oui à la langue et à la culture provençale », à la mi-novembre, soit quatre mois avant le premier tour des élections municipales, n’était pas dû au hasard. Le Collectif Prouvènço a souhaité ainsi interpeller les candidats sur le thème cher aux Provençaux : la défense de leur art de vivre, qui passe par ses traditions et sa langue. Nombreux y ont été sensibles. Bilan (provisoire).

Lisez l’article dans sa version PDF bilingue ici :

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A l’heure où nous bouclions le magazine, le 16 mars, soit une semaine avant la publication des résultats du scrutin, pas moins d’une centaine de candidats avaient signé la charte. Trop peu objecteront certains en comparaison aux 948 communes de la région concernée par le sujet, mais suffisamment pour démontrer que les futurs édiles sont sensibles aux préoccupations qui animent le Collectif Prouvènço. Son Président, Jean-Pierre Richard, n’a pas ménagé son temps pour interpeller les candidats. Son agenda fut donc bien rempli, avec en plus, en parallèle, la préparation du Forum des Aulnes (manifestation qui est finalement reportée pour cause d’épidémie de coronavirus) et la mise en place de l’Observatoire. Un travail colossal mais accompli avec énergie et toute l’implication que prédispose le bénévolat. Il ressort de cette « campagne » de fructueux échanges avec des citoyens engagés dans la vie locale, soucieux de favoriser un développement économique, social et culturel conforme aux attentes des Provençaux. Nombre de nos futurs édiles, adjoints ou conseillers municipaux prennent à cœur les propositions de la charte et sont même parfois force de propositions.

Y’a pas photo

La charte a connu un écho dans la presse, avec la publication de plusieurs articles dans La Provence, Vaucluse Matin, Var Matin, Haute Provence Info, et une couverture plus vaste, avec notamment une interview de Jean-Pierre Richard et de Marion Moynault, secrétaire générale du Collectif Prouvènço, sur France Bleu Vaucluse. Les réseaux sociaux n’ont pas été en reste, avec de nombreux échanges en temps réel. La modératrice du Collectif Prouvènço a eu beaucoup de travail durant cette période électorale ! Lors de la signature de la charte, de nombreux candidats ont souhaité poser en photo avec le président Jean-Pierre Richard, qui s’est plié de bonne grâce à cet exercice de communication, « pour la bonne cause ». Une promotion électoraliste également pour l’autre personnage sur la photo, naturelle somme toute, mais il a été nécessaire de recadrer quelques candidats qui ne semblaient pas avoir bien compris le principe de cette charte. Certains misaient en effet sur elle pour booster leur campagne, ce qui aurait pu laisser entendre que le Collectif Prouvènço soutenait sans réserve leur programme... Il a fallu alors rappeler que le Collectif Prouvènço est une association régionaliste, laïque et républicaine, indépendante, affiliée à aucun parti, et que son rôle n’était pas de soutenir tel ou tel candidat, mais bien aux prétendants au poste de maire de s’engager « pour » la culture et la langue provençales.
Enfin, de nombreux signataires, généralement de petites communes, se questionnaient sur leur capacité, à répondre à toutes les recommandations de la charte dont certaines induisent un coût non négligeable (installation d’une signalétique bilingue notamment). Il est évident que chacun devra agir en fonction de ses ressources, le principal étant de donner une place visible de la culture provençale dans la cité.

Les élus force de propositions pour la langue et la culture provençale

Nous avons été sensibles à l’engagement des candidats. Nous avons pu noter quelques suggestions émises dans la charte au chapitre dédié aux « propositions ». En voici un échantillon :
Nombre de candidats, conscients de l’importance du patrimoine communal à vocation provençale pour une partie de la population et désireux de sensibiliser l’autre partie, proposent sa mise en valeur sous diverses formes. Certains souhaitent valoriser le fond patrimonial déjà présent dans la bibliothèque municipale et développer un fond bilingue, d’autres projettent la restauration des lieux (musées, maisons historiques, lavoirs, fontaines…) et œuvres (statuaires, plaques…) témoignages essentiels d’un passé riche et omniprésent pour qui veut bien le voir. Tandis que d’autre encore misent sur les rencontres, le partage et le dynamisme de notre culture pour la faire rayonner au travers de la création de pôles culturels, de salles des associations de culture provençale, de mise à disposition de salles pour les manifestations provençales et même l’organisation d’un festival à la programmation faisant la part belle au écrits, à la musique et à l’art provençal, toutes spécificités confondues.
Ce sont là des projets que les candidats souhaitent mener à bien en collaboration avec les nombreuses associations « qui dynamisent [nos] commune[s] et font vivre nos traditions » dixit Lionel de Cala, liste Génération Allauch. Ils sont en effet très nombreux à avoir manifesté leur soutien aux associations locales et à vouloir travailler avec elles, notamment pour développer les fêtes locales et leur redonner un sens, en particulier les fêtes votives et calendales.
La musique traditionnelle, élément central de toute manifestation provençale, n’est pas oubliée : des postulants au rôle de maire se disent favorables à la création d’une section spécifique au sein des conservatoires municipaux de musique
De nombreux candidats sont très ouverts et croient en la nécessaire transmission de notre art de vivre et de notre culture auprès des enfants et prévoient des actions de sensibilisation dans les écoles communales et vont au-delà du bagage pédagogique que le Collectif Provence leur suggère de mettre à disposition des écoles dans une des rubriques de la Charte. Certaines têtes de liste pensent à la distribution d’œuvres issues de la littérature provençale aux élèves de tous les établissements scolaires de la commune, d’autres pensent à l’organisation de concours d’écriture avec un « Prix de provençal » pour les écoles. Une proposition qui peut être étendue hors du champ scolaire pour toucher toute la jeunesse de la ville, comme des séances pédagogiques ludiques dans le cadre scolaire et extra-scolaire afin de faire connaître et expliquer nos traditions.
Enfin, une rubrique importante, dans l’air du temps mais caractéristique incontournable de notre art de vivre : le respect des circuits courts. La valorisation des productions locales et la consommation des produits de notre terroir, en premier lieu dans les cantines, a fait pratiquement l’unanimité et certains signataires ont souhaité aller plus loin. La création ou le développement de marchés de producteurs pour la promotion de notre agriculture, tout comme celle de notre milieu naturel bénéfique pour l’élevage et certaines cultures a fait l’objet de plusieurs propositions. Là encore, certains élus ont déjà pris des initiatives, espérons qu’elles seront reconduites en cas de réélection ou de nouvelle équipe municipale.

Cette liste de propositions, pour des raisons de place dans notre magazine, n’est pas exhaustive mais laisse augurer une véritable prise en compte par nos communes de nos spécificités linguistiques et culturelles provençales. Avec l’Observatoire de la Langue et de la culture provençales les futurs élus pourront compter sur un outil performant et fiable pour les aider à mener à bien leurs projets.

Un bilan optimiste pour la Provence

Le 16 mars, date du bouclage du magazine, ils étaient 118 candidats à avoir paraphé la charte « O per la lengo e la culturo prouvençalo ». Un chiffre auquel s’ajoute les maires sortants non candidats à leur propre succession, ainsi que les colistiers, qui ont tenu à soutenir cette initiative en paraphant eux-aussi le fameux document.
Rappelons les principaux points listés dans cette charte : mettre en place une signalétique routière bilingue, initier au provençal les plus jeunes sur les temps périscolaires, ou encore sensibiliser la population sur cette langue bien trop souvent reléguée au rang de « patois », assimilée improprement à l’occitan, et toujours pas reconnue comme langue de France par le gouvernement. Et sur le plan économique, favoriser la production locale.
Au-delà du bilan « comptable », car les signataires l’ont bien compris il n’était pas question de faire la course aux chiffres, mais bien de susciter une prise de conscience, si un bilan moral devait être établit il pourrait prendre cette forme : la langue et la culture provençale, vecteurs de lien social intergénérationnel, et atout touristique et économique indéniable de notre territoire, sont bien vivantes.
Bien entendu, le Collectif Prouvènço va suivre de près les résultats du scrutin et vérifier que les mesures en direction de la culture provençale annoncées par les candidats élus soient appliquées. Et comme il est précisé dans la Charte, l’Observatoire de la langue et de la culture provençales pourra conseiller et assister les élus pour la mise en œuvre de ces initiatives. Nous comptons sur les élus, les élus peuvent compter sur nous.

Des témoignages forts pour la Provence

Nous avons été sensibles aux messages d’encouragement accompagnant parfois le retour des chartes et les clins d’œil en provençal. Quelques témoignages :

« Après lecture et choix de notre équipe, vous avez nos engagements … qui ne resteront pas des promesse électorales – sian pas dei blagaire. »
Frank Panizzi, liste Un élan pour Pontevès.

« J’ai lu attentivement la charte que vous proposez et j’y souscris avec plaisir. Principal de collège depuis de nombreuses années, j’ai toujours eu à cœur de développer l’enseignement du provençal dans mes établissements scolaires respectifs, mais nous n’avons jamais eu la capacité de le faire dans des conditions favorables afin de proposer aux élèves volontaires un véritable projet pédagogique et éducatif efficient et durable. Candidat tête de liste « En Action pour l’Isle » à l’Isle sur la Sorgue, je suis très attaché à ma ville, à son histoire riche et à sa culture provençale et comtadine. Je suis issu, du côté maternel, d’une vielle famille provençale de Châteauneuf-de-Gadagne, la famille Garcin, et aux côtés de mes arrières grands-parents et de mes grands-parents, j’ai baigné dans la langue et la culture provençale tout au long de mon enfance. Je me permets donc de vous adresser, avec grand plaisir, mon adhésion à la charte de la langue et de la culture provençale et vous remercie de cette belle initiative. A ben lèu. »
Matthieu Moretti, L’isle-sur-Sorgue

« Je m’engage à faire de la défense du provençal et de nos traditions une des priorités de mon mandat de Maire de Plan-de-Cuques. Pour cela je proposerai un partenariat avec les groupes Lou Grihet dóu Plan dei Cuco et Saint Eloi de Plan de Cuques. Mon bilan des cinq années de mandat en tant que vice-président du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône est la meilleure preuve de la force de mon engagement au service de notre culture. »
Bruno Genzana, liste Ensemble continuons Plan de Cuques

« Je m’engage à faire vivre toutes les traditions provençales car je suis un enfant du pays et ce sont mes racines. Soyez assurés que nous mettrons toute notre énergie (en cas de victoire) à faire vivre nos belles traditions de Provence. »
Philippe Canobio, liste Bouc-Bel-Air Maintenant

« Devenu maire en 2014, j’ai créé la fête de la Saint-Jean et adhéré à la confrérie éponyme. Par ailleurs, avec le Comité des Fêtes, nous avons lancé la « tradition » de l’abrivado dans la rue principale le samedi de la fête votive. C’est donc avec beaucoup de plaisir que je signe et vous retourne la Charte « O pèr la lengo e la culturo prouvençalo ».
Michel Terisse, liste Ensemble allons plus loin pour Althen [des-Paluds]

« (…) en tant que Maire, j’ai eu à cœur de promouvoir cette culture, en mettant en place des manifestations comme la Fête des Bergers, mais également en apportant mon soutien aux associations provençales. C’est pour moi une évidence qu’il est de notre devoir, nous élus, de protéger ce patrimoine qui est l’âme de notre région, et j’entends continuer à protéger cette richesse tout au long de mon prochain mandat. »
François Bernardini, liste Nous sommes Istres.

« Je vous remercie pour le travail accompli en faveur de notre langue et de nos traditions provençales. Au plaisir, je vous souhaite une bonne continuation dans cette belle et noble cause. »
Lionel Escoffier, liste Pour mon village je m’engage, Aureille

Provence et politique...

On le sait, les Provençaux n’ont jamais aimé mélanger leur culture et les querelles politiques, ce que les occitanistes ne se gênèrent jamais de faire... C’est ainsi que l’on a perdu beaucoup de temps. Alors que d’autres...
Depuis la création du Collectif Prouvènço les choses ont pourtant bien changé. Non pas en prenant parti pour un tel ou un autre, mais en demandant aux candidats ainsi qu’aux élus de ne pas oublier la Cause provençale dans leurs programmes. C’est dans ce contexte que pour les élections municipales, le Collectif a fait signer sa charte « Oui pour la langue et la culture provençale », sujet qui est évoqué par ailleurs dans les colonnes de ce magazine.
Mais ce n’est pas tout. Alors qu’il existe depuis de nombreuses années des partis occitanistes qui rêvent d’annexer notre Provence à leur grand « machin » languedocianisé, « des Alpes aux Pyrénées », il n’y avait pas encore, ici, de parti qui se revendiquait comme « Provençal ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec une nouvelle formation politique dont le nom est Prouvènço Nacioun, et qui a présenté des candidats aux municipales : à Manosque, Graveson, Marseille...
Dans l’Histoire de la Provence, parue il y a de nombreuses années dans la fameuse collection Que sais-je ?, ses auteurs n’avaient pas hésité à écrire, pour conclure leur ouvrage : « Quand à la Provence du néorégionalisme [...], elle tend à se dissoudre dans un Midi occitan considérablement plus vaste. Mais ceci est une autre histoire… » Sans adopter la cause de quiconque, force est de constater que de tels propos ne pourraient plus être écrits aujourd’hui ! Et au Collectif Prouvènço, nous sommes fiers d’avoir été à l’origine de cette évolution, capitale pour la Cause provençale.

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