Collectif Prouvènço - Uno regioun uno identita uno lengo

Les gravures du Mont Bego

LA PROVENCE CONFINEE - LA PROVENCE CULTIVEE

D 30 mars 2020     H 13:23     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Les artistes que nous connaissons, peintres, sculpteurs, écrivains, … sont tous, quelque soit leur style, les témoins de l’Histoire et d’une vision de celle-ci.
Ce constat devient encore plus vrai lorsque nous nous penchons bien plus loins dans le passé et que nous étudions les œuvres laissées par nos ancêtres préhistoriques. L’écriture leur était inconnue ou ne faisait pas partie de leurs coutumes, mais ils savaient déjà parfaitement représenter le monde qui les entourait . Scènes quotidiennes ou rites religieux, tout y est.

Les gravures du Mont Bego, au cœur du Parc du Mercantour, rescensées dans sept vallées ont la particularité exceptionnelle de rassembler des témoignages de la Préhistoire et de la Protohistoire. Les scènes de pastoralisme relatant la vie des premiers bergers du Néolithique (- 6000 à – 2200) se mêlent aux armes et dessins votifs de l’âge du Bronze (- 2200 à – 800) et du Premier âge du Fer (- 800 à - 450).

La découverte

"Aux limites extrêmes de la Provence, une Provence déjà italienne, entre Saint-Martin-Vésubie et Tende, les Alpes bouleversent les arrières du pays mentonnais. La terre s’est enfuie d’ici, laissant les ossements concassés de son squelette grisé par les intempéries. Les rochers sont nus et plats, violentés par le froid, le neige et le vent. Les pics y ont des silhouettes d’acier. Un gigantesque enchevêtrement de dents de scie tente de cnovaincre un ciel trop souvent inclément. Dans les ccreux des montagnes, les lacs sont noirs et profonds, sans transparence, lugubres, quand le soleil ou la lune ne leur donne pas un visage métallique. C’est le domaine des métaux natifs et des orages diluviens. C’est le mont Bego. Montagne de la crainte et de toutes les superstitions. Séjour des plus anciens dieux de la Ligurie. Temple démesuré, et à ciel ouvert, d’une religion inconnue. […] Au-delà s’ouvre la vallée des Merveilles. Le mot en français n’est pas assez fort. Il faut l’entendre à l’italienne : maraviglie, les prodiges [1] !"

C’est là-bas que, parti à la recherche de la Saxifraga florentula (plante aussi appelée Roi des temps anciens), Clarence Bicknell, ancien prêtre anglican et botaniste, a découvert et procédé au relevé méticuleux de milliers de gravures à partir de 1887. Son travail colossal fait qu’on lui attribue le titre de « découvreur » des gravures du Mont Bego, quand bien même plusieurs noms avant lui en avaient étudié les contours et proposé une datation. En effet, Onorato Lorenzo (Laurenti), curé de Belvédère, au XVI° siècle, P. Gioffredo dans sa célèbre histoire des AlpesMaritimes Storia delle Alpi Marittime, ou encore François Fodéré, dans son Voyage aux Alpes-Maritimes…, paru en 1821, signalent ces dessins vus lors de leur passage dans la vallée. Ce sont, cependant, John Moggridge en 1868, et le préhistorien français Emile Rivière dix ans plus tard, deux scientifiques, qui attirent l’attention du monde sur ces peintures en les datant respectivement de la Préhistoire et de l’Age du Bronze.

Figures corniformes et à formes humaines. Attelage ?

Les gravures

Les 40 000 gravures du Mont Bego, sont toutes réalisées par percussion directe de la roche avec une pointe de pierre. Ce grand nombre peut se scinder en cinq catégories : les corniformes, les armes et outils, les figures anthropomorphes, les figures géométriques et les figures non représentatives.
Les armes et les figures à cornes sont très nombreuses et certainement représentatives du mode de vie à cette période où les sociétés se hiérarchisent, où les conflits apparaissent donc et l’agriculture en tant que telle fait son apparition avec les premiers élevages et les premières cultures.
Les figures géométriques sont également caractéristiques d’une période sans qu’une interprétation définitive ne soit encore validée.
Quant aux figures représentant des êtres humains, elles sont les plus rares et les montrent toujours en mouvement. Ces « bonhommes » très stylisés sont bien reconnaissables avec une tête, deux bras, deux jambes, et sont toujours « en activité » armes à la main ou attelé à des formes cornues (bœufs) illustrant une nouvelle fois cette agriculture naissante.
Toutefois, à chaque site ses figures uniques, celles du Mont Bego sont exceptionnelles et portent des noms d’après ce qu’elles ont inspiré à leurs découvreurs, hommes du XIXe et XXe siècle. Celle nommée Le Christ (ou le Mage) illustre parfaitement ce fait, le Christianisme ne faisant son apparition que des milliers d’années après la réalisation du dessin intitulé de la sorte.
Ces interprétations ne sont, pour autant, pas dénuées de sens ...
Le Christ

Le Sorcier

Un mont sacré

Sur le mont Bego sont nés des dieux inconnus, qui n’ont de nom dans aucune langue, dont le visage jamais n’apparut. Mais qui vivent environnés d’éclairs et de métal. Ainsi le veut la tradition [1]. »

Est-ce pour ces dieux que les voyageurs du Néolithique et les premiers bergers, qui empruntaient cet axe de communication naturel entre l’Italie et le bassin rhodanien, dont on a retrouvé de traces que des restes d’armement et d’outillage dans l’abri du Ciari, seul refuge de ce lieu inhospitalier, ou les habitants des basses vallées, ont tracé ces figures dans la roche ?
Les théories sur la présence de ces gravures sont plurielles mais s’entrecroisent et font du mont Bégo un « sanctuaire ». L’image de la montagne sacrée, « point de rencontre entre la terre et le ciel », et « moyen d’élévation vers les dieux » n’est pas nouvelle. Les hommes passant par les vallées des Merveilles et de Fontanalba, voies de communication de l’époque, ont sanctuarisé ces lieux. A quelles divinités vouaient-ils un culte ? Celles sollicitées sur le Mont Bego pourrait être le « Dieu-Taureau, maître de la foudre et dispensateur de la pluie fertilisante, ou la Déesse-Terre qui doit être fécondée par le dieu du ciel » un couple divin parfois même représenté ensemble. Ne contre-disant pas les précédentes, l’hypothèse du Mont Bego fertilisateur (à l’image du Nil) grâce à ses torrents, dus aux orages réguliers, irrigant les vallées termine de consacrer le Mont Bego comme une montagne sacrée.

Deux figures cornues

 [1]

Pour programmer une visite quand les autorisations de sortie ne seront plus qu’un souvenir :
le fascicule du Parc Naturel Régional du Mercantour pour découvrir les Vallées et le musée des Merveilles. https://fr.calameo.com/read/001006185ad010aa14951?page=1

Si vous voulez en savoir plus sur le Mont Bego et l’art préhistorique dans notre région :
- https://www.hominides.com/html/lieux/vallee-des-merveilles-gravures.php d’après la documentation de Silvia Sandrone, attachée de conservation au Musée départemental des Merveilles.
- Fascinant Mont Bego de Henry de Lumley et Lucien Clergue chez Edisud (seulement d’occasion)
- Le Mont Bego - Vallée des Merveilles de Henry de Lumley aux éditions du Centre des Monuments nationaux (18€)
- Guide des sites préhistoriques en Provence Alpes Côte d’Azur de Bertrand Roussel et Frédéric Boyer chez Mémoires Millénaires

Un article de la Revue Espaces-Naturels pour un autre angle de vue :
http://www.espaces-naturels.info/merveilles-vous-avez-dit-merveilles


[1*Hauts-lieux de la Provence antique de Jean-Paul Clébert chez Robert Laffont

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