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Lily Pastré (1891-1974) Uno que comto, mai que li Marsihés an óublidado

Lily Pastré (1891-1974) Une femme qui compte mais que les Marseillais ont oubliée

D 25 février 2021     H 12:45     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Ni flour ni courouno pèr Lily Pastré... Meme à Marsiho, i’a plus gaire de mounde pèr se n’ensouveni e pamens n’en vaqui uno que s’ameritarié d’èstre mai couneigudo, di marsihés coume dis autre !

Ni fleurs ni couronne pour Lily Pastré... Même à Marseille, peu de gens s’en souviennent encore et pourtant, voilà une femme qui mériterait d’être connue, des marseillais comme des autres !

Quau èro, aquelo Dono ? Lily, de soun noum de fiho Marìo-Louiso Double de Saint-Lambert, nais lou 9 de desèmbre de 1891. Es la cadeto d’uno famiho de la richo bourgesié marsiheso : la siéuno rèire-grand menavo l’entre-presso Noilly-Prat, proudutour dóu vermout qu’avié soun sèti carriero Paradis, à Marsiho.
D’estiéu, Lily passo soun tèms au Mount-Redoun, à la prouprieta dóu Baroun Double de St Lambert, soun paire e d’ivèr, rèsto à l’oustau noble de la carriero Paradis emé soun fraire, l’einat, Maurise. D’elo, se dis qu’es « une jeune femme impérieuse, qui n’a pas peur d’affirmer ses goûts et ses partis pris, et qui en grandissant ne se laissera mener par rien, ni par personne. »
A pas mai de 26 an quouro, lou 8 de setèmbre de 1916, Maurise toumbo à la bataio de la Somme. D’aquéu fraire, Lily n’en gardara toujour la fotò en uniforme sus soun burèu. Lou 14 de mai de 1918, marrido soun vesin Jan Pastré. La vaqui coumtesso.
Entre li dous guerro, Jan e Lily Pastré vivon entre Marsiho e Paris. Elo, trèvo li saloun musicau de la capitalo : ié rescontro Francis Poulenc, Darius Milhaud, lou coumpousitour Enri Sauguet, l’escrivan-libretisto Boris Kochno qu’èro esta secretàri de Sèrgi de Diaghilev : saran tóuti d’ami qu’un cop l’un, un cop l’autre, la vendran vesita au Mount-Redoun.
Coume Jan Pastré es un embulaire de proumiero, adiéu lou maridage ! Se desseparon : Lily gardo l’oustau de la Campagno Pastré e soun bèu pargue.

Mount-Redoun, isclo de pas dóu tèms de la guerro
Mount-Redoun, Marsiho, lou 24 d’avoust de 1940. L’American Varian Fry desbarco à Marsiho em’uno counsigno : se rensigna à prepaus di visa de refugia, d’ome e de femo qu’an d’enmigra is Americo. Lou service di visa dóu counsulat american s’atrobo, alor, au castelas Pastré que l’an leissa à-n’Hugh Fullerton, soun conse. La vièio bastido dóu Mount-Redoun n’en vèi de touto : de scientifi, d’artisto - escrivan, pintro, musician - souvènti cop de Jusiéu.
Aqui, mau-grat lou raciounamen, tènon bono taulo duberto. Aqui, se dis qu’aurias pouscu rescountra Lu Dietrich, Lanza del Vasto, Andriéu Roussin, Rudolph Kundera, Crestian Bérard, Jan Hugo, Boris Kochno. Belèu lou pintre Andriéu Masson, sa femo Roso Maklés, uno Jusivo, e si dous drole Diego e Luis, avans qu’aguèsson agu soun visa pèr lis Americo. Éli, quitaran Marsiho lou 31 de mars de 1941 sus un batèu-de-cargo, lou Carimare. Lor de soun escalo en Martinico, i’atroubaran mai Andriéu Breton e Jacoumino Lamba.
Aùtri dato, meme endré : musico e tiatre au castèu, emé au prougramo un recitau de Pablo Casals lou 16 de mai de 1942, e lou 27 de juliet, darrié lou castelas de brico, qu’an muda en tiatre de verduro, se douno Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare. Aqui, rèn que d’atour, rèn que de musician d’elèi pèr óublida – un moumen – la guerro e si mal-astre.

Festenau de z’Ais-de-Prouvènço
La guerro a passa. Au Mount-Redoun, Lily reçaup Grabié Dussurget, un fin meloumane, apassiouna pèr l’opera, e soun ami. Tóuti tres se meton en campagno : Lily es en cerco de quauque endré pèr i’assousta un Festenau Mozart. La court de l’Archevescat fara l’afaire e Lily pagara pèr la premiero edicioun de 1948 que vendra lèu lou Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Ié counvido l’ourquèstre alemand d’Hans Rosbaud (bon biais d’empura lou gavèu pèr aquelo reguignarello !). Soun ami, Georges Wakhévitch, fara li decor de Cosi fan tutte, soulet opera jouga lor d’aquelo premiero edicioun.
Bèn lèu, Grabié Dussurget vèn lou flame direitour d’aquéu festenau que pren un biais mai coumerciau... ço qu’agrado pas à Lily. Lou Casino de z’Ais pago. Tout rèsto à la ciéuta sestiano e lis artisto vènon plus à Marsiho, encò de Lily. E meme, soun noum parèis plus dins lou coumitat de peirinage. Qu’enchau ! Lasso, un pau giblado, pamens toujour vivo, Lily cour li councert, li museon... soustèn la troupo dóu Rideau gris, tiatre mena pèr soun ami Louis Ducreux, que vendra direitour de l’Ppera de Marsiho… De talènt n’espeliran : Girard Philippe e Jan-Pèire Aumont.
Enfin, à Marsiho, lou 8 d’avoust de 1974, passo Lily Pastré - uno qu’a counta - bèn souleto e sènso plus gaire de fourtuno.
D’elo, Eimoundo Charles-Roux dira : « Un beau matin elle a tiré sa révérence, on ne l’invitait plus guère. Quelquefois, on l’oubliait. On n’a pas fait pour elle ce qu’il aurait fallu, quelque chose de très beau portant son nom… Aix n’a pas été tout à fait à la hauteur, de mon point de vue, de ce qu’elle a donné à cette ville. Il faudrait rendre hommage à la comtesse Pastré. »

Castèu Pastré, à Mount-Redon : la vièio bastido n’en a vist ! de scientifi, d’artisto… bono-di Lily qu’èro soun amigo. Château Pastré, à Montredon : la vieille bastide en a vu ! des scientifiques, des artistes… grâce à Lily qui était leur amie.



Qui était-elle ? Lily, de son nom de jeune fille Marie-Louise Double de Saint-Lambert, naît le 9 décembre 1891. Elle est la cadette d’une famille de la riche bourgeoisie marseillaise : son arrière-grand-mère dirigeait l’entreprise Noilly-Prat, productrice de vermouth dont le siège social se situait rue Paradis, à Marseille.
L’été, Lily le passe à Montredon, dans la propriété de son père, le baron Double de Saint Lambert, et l’hiver dans la maison noble de la rue Paradis, avec son frère aîné, Maurice. D’elle, on dit qu’elle est « une jeune femme impérieuse, qui n’a pas peur d’affirmer ses goûts et ses partis-pris, et qui en grandissant ne se laissera mener par rien, ni par personne. »
Elle n’a que 26 ans lorsque, le 8 septembre 1916, Maurice meurt à la bataille de la Somme. Lily conservera toujours sur son bureau la photo de son frère en uniforme. Le 14 mai 1918, Lily épouse son voisin, Jean Pastré. La voilà comtesse.
Entre les deux guerres, Jean et Lily Pastré vivent entre Marseille et Paris. Elle, hante les salons musicaux de la capitale : elle y rencontre Francis Poulenc, Darius Mihaud, le compositeur Henri Sauguet, l’écrivain-librettiste Boris Kochno qui avait été secrétaire de Serge de Diaghilev ; autant d’amis qui, tour-à-tour, viendront la visiter à Montredon. Mais son époux est volage : son mariage tourne au drame. Lors de leur séparation, Lily garde la maison de la Campagne Pastré et son beau parc.

Montredon, havre de paix durant la guerre
Montredon, Marseille, le 24 août 1940. L’Américain Varian Fry débarque à Marseille, muni d’une consigne : se renseigner à propos des visas de réfugiés, des hommes et des femmes qui doivent émigrer aux États-Unis. Le service des visas du consulat américain se situe alors au Château Pastré que l’on a laissé à Hugh Fullerton, le consul. La vieille bastide de Montredon en a vu ! Des scientifiques, des artistes - écrivains, peintres, musiciens - souvent des Juifs.
Dans cette demeure, malgré le rationnement, on tient bonne table ouverte à tous. On prétend que vous auriez pu y rencontrer Luc Dietrich, Lanza del Vasto, André Roussin, Rudolph Kundera, Christian Bérard, Jean Hugo, Boris Kochno. Peut-être le peintre André Masson, sa femme Rose Maklés, une Juive, et leurs deux garçons, Diego et Luis, avant qu’ils eussent obtenu leur visa pour les Etats-Unis. Eux, quitteront Marseille le 31 mars 1941 à bord d’un cargo, le Carimare, où lors de son escale en Martinique ils retrouveront André Breton et Jacqueline Lamba.
Autre dates, même lieu : musique et théâtre au château, avec au programme un récital de Pablo Casals le 16 mai 1942, et le 27 juillet, derrière le château de briques que l’on a transformé en théâtre de verdure, on joue Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare. Là, rien que des acteurs, rien que des musiciens de qualité pour oublier - un moment - la guerre et ses désastres.

Festival d’Aix-en-Provence
Lorsque que la guerre est finie, à Montredon, Lily reçoit Gabriel Dussurget, un fin mélomane, passionné par l’opéra, et son ami. Tous trois se mettent en campagne : Lily recherche quelque endroit pour y abriter un Festival Mozart. La cour de l’Archevêché fera l’affaire et Lily paiera pour la première édition de 1948 qui deviendra rapidement le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Elle y invite l’orchestre allemand de Hans Rosbaud (une bonne façon d’attiser les braises pour cette rebelle !). Son ami, Georges Wakhévitch créera les décors pour Cosi fan tutte, seul opéra joué lors de cette première édition.
Bientôt, Gabriel Dussurget devient le fameux directeur de ce festival qui prend un tour commercial... Ce qui déplaît à Lily. Le Casino d’Aix paie. Tout demeure à la cité aixoise et les artistes ne viennent plus à Marseille, chez Lily. Son nom n’apparaît même plus dans le comité de parrainage. Qu’importe ! Lasse, un peu voûtée, toutefois toujours vive, Lily court les concerts, les musées... Elle soutient la troupe du Rideau gris, théâtre dirigé par son ami Louis Ducreux, qui deviendra directeur de l’Opéra de Marseille... Des talents y écloront : Gérard Philippe et Jean-Pierre Aumont.
Enfin, le 8 août 1974, à Marseille, Lily Pastré meurt, bien seule et presque ruinée, mais, pour d’aucun, elle reste une femme qui a compté. D’elle, Edmonde Charles-Roux dira : « Un beau matin elle a tiré sa révérence, on ne l’invitait plus guère. Quelquefois, on l’oubliait. On n’a pas fait pour elle ce qu’il aurait fallu, quelque chose de très beau portant son nom… Aix n’a pas été tout à fait à la hauteur, de mon point de vue, de ce qu’elle a donné à cette ville. Il faudrait rendre hommage à la comtesse Pastré. »

Odile Delmas

N’en voulès saupre mai ? Legissès, de Laure Kressmann, Lily Pastré, la Bonne-Mère des artistes, ed. Gaussen. Vous voulez en savoir plus ? Lisez, de Laure Kressmann, Lily Pastré, la Bonne-Mère des artistes, éd. Gaussen.

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