Collectif Prouvènço - Uno regioun uno identita uno lengo

Magazine MDP 60 - le provençal, langue de France ?

Juillet 2018

D 17 juillet 2018     H 17:44     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Magazine MDP 60 - le provençal, langue de France ?

Lou prouvençau enfin recouneigu coume lengo de Franço ?

Prouvènço fai partido de la Franço. Es un de si jouièu. Aquesto regioun es couneigudo moundialamen. Fai mestié que lou prouvençau fai partido de nosto culturo. Lou pouèto Frederi Mistral, que l’a coudificado, fuguè meme ounoura d’un Près Nobel de Literaturo pèr soun obro en prouvençau. Pamens, aquesto lengo es visto pèr l’Estat coume dialèite de l’óucitan. Desempièi soun espelido, lou Couleitièu Prouvènço s’apeouno sus l’ensèn dis elegi de la Republico pèr la proumoucioun e l’aparamen d’aqueste patrimòni inmateriau. Lou darrié poun pousitiéu dins aquesto longo batèsto es la prepausicioun de lèi presentado pèr lou deputa Bernat Reynès pèr la recouneissènço dóu prouvençau coume lengo de Franço. Aqueste doucumen legislatiéu espèro desenant que tóuti li deputa de Prouvenço i’aduson soun soustèn.

Le provençal enfin reconnu comme langue de France ?

La Provence fait partie de la France. C’est un de ses joyaux. Cette région est mondialement connue. Il semble acquis que le provençal fait partie de notre culture. Le poète Frédéric Mistral, qui l’a codifiée, a même été honoré d’un Prix Nobel de Littérature pour son œuvre en lengo nostre. Cependant, le provençal est considéré par l’Etat comme dialecte de l’occitan. Depuis sa création, le Collectif Prouvènço s’appuie sur l’ensemble des élus de la République pour la promotion et la défense de ce patrimoine immatériel. La dernière avancée dans ce long combat est la proposition de loi initiée par le député Bernard Reynès pour la reconnaissance du provençal comme langue de France. Ce document législatif attend désormais que tous les députés de Provence y apportent leur soutien.

Alliée à la France « comme un principal à un autre principal » en 1481, la Provence perdra l’ensemble de ses droits spécifiques avec la Révolution Française et sera éclatée en départements en 1790.

Le saviez-vous ? En Provence, on parle le provençal ! Certes, il y a des variantes, selon les territoires : le rhodanien, le maritime, le varois... Et tout ce beau monde se comprend. C’est la langue que l’on parlait encore dans le pays jusqu’au XIXème siècle. Le français s’est finalement imposé, tout d’abord institutionnellement à partir de 1539, avec « l’Ordonnance de de Villers-Cotterêts », acte fondateur de la primauté et de l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique. Puis au XIXème siècle, avec les lois scolaires instaurées par Jules Ferry. Dans l’école républicaine, laïque et gratuite, pour tous, n’était enseigné que le français, ostracisant de fait toute langue régionale. En revanche, en Provence, dans la vie de tous les jours, on parlait encore notre langue chantante.


Les sept fondateurs du Félibrige, en 1854, au Château de Fonségugne, à Chateauneuf-de-Gadagne.

Frédéric Mistral et la renaissance du provençal
Au tournant du XIXème au XXème siècle, Frédéric Mistral, avec son œuvre en lengo nostro et la création du Félibrige, qui réunissait un aéropage d’auteurs provençaux, opéra une renaissance du provençal. Mistral eut surtout le génie de codifier cette langue, un travail de longue haleine concrétisé par son dictionnaire, « Le Trésor du Félibrige ». En dépit de cette renaissance, parler le « patois » était mal venu, source de moqueries et parfois de brimades. Bientôt on ne s’exprimerait en provençal qu’à la maison. Avec l’arrivée de la télévision dans les foyers au début des années 1960, ce fut le coup de grâce, il n’y avait plus que les anciens pour entretenir la flamme. Dans la deuxième moitié du XXème siècle, on assiste à de grands bouleversements sociétaux : exode rural, urbanisation, mobilité des populations, importance des médias et notamment de la télévision, tous ces facteurs viennent aplanir le riche paysage linguistique de la France.

Cependant, après une nouvelle politique territoriale menée dans les années 1980 (la « régionalisation »), de nouvelles générations redécouvrent le plaisir de pratiquer la langue de leur terroir. Un phénomène qui n’a cessé de croitre et semble contrebalancer le mouvement de globalisation amorcé au début de ce XXIème siècle. Les langues régionales sont toujours vivantes. C’est le cas du provençal, qui est toutefois menacé, et par des ennemis proches, les occitanistes qui veulent imposer au Provençaux leur graphie. Alors oui, en Provence, on parle bien le provençal, et pas l’occitan ! Et on se bat pour que ça se sache ! Il reste que pour l’apprendre, ce n’est pas si simple…

Quau tèn la lengo, tèn la clau
Une nécessité impérieuse de faire reconnaitre le provençal comme langue de France L’Education nationale prend en compte 32 départements, dans lesquels est enseigné la « langue d’oc », comprenez l’occitan. En Provence nous avons la possibilité d’utiliser la graphie occitane ou provençale, celle codifiée par Frédéric Mistral, ce qui est totalement contre-productif car cela sème la confusion dans l’esprit des parents d’élèves et des élèves. Les tenants de l’idéologie occitane et leurs alliés veulent imposer une seule langue pour une seule région. Une stratégie qui aboutira à ce que le provençal passe à la trappe. Ne subsistera alors que l’occitan, dans une grande « Occitanie », qui pourrait bien un jour demander l’indépendance, comme le souhaitent le Partit Occitan (PO) et le Parti de la Nation Occitane (PNO) qui sont à la manœuvre en coulisses. D’où la nécessité impérieuse de faire reconnaitre le provençal comme langue de France. Cette loi permettra de doter les établissements scolaires de davantage de professeurs de provençal, d’encourager les élèves à suivre leurs cours. Cette dynamique fera vivre et perdurer notre langue, qui est indissociable de notre culture et de notre art de vivre.

Sans aboutir à un extrémisme, qui se traduit chez certains par une volonté d’autonomie, voire d’indépendance, il est légitime de vouloir préserver son héritage culturel et notamment sa langue, qui, comme le disait Frédéric Mistral, est la clé de tout (« Quau tèn la lengo, tèn la clau »). Il est sain de valoriser et de faire fructifier cette richesse qu’est notre culture régionale. Une politique qui favorisera en outre des retombées économiques.

Quelques dates clé pour l’avancement de la reconnaissance des langues régionales
• 27 août 2008 - Révision de la Constitution, article 75.1, concernant le statut des langues régionales : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Le Collectif Prouvènço, s’appuyant sur les élus régionaux, est largement intervenu dans le débat, en particulier auprès des parlementaires de Provence pour que ce texte soit voté.
• 24 juin 2016 : Assemblée régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Reconnaissance officielle du provençal, du nissart et du gavot comme langues de ce territoire. Cette résolution, votée à l’unanimité, implique en outre une mise en œuvre d’un programme de valorisation de ses parlers par le biais d’actions concrètes dans le domaine de l’enseignement et de la culture. Là encore, cette décision a été impulsée par les Provençaux, suite à « Gardaren Prouvènço ! », la grande manifestation du 24 octobre 2015, à Arles, initiée par le Collectif Prouvènço.
• 29 mars 2018 : proposition de loi relative à la reconnaissance de la langue provençale comme langue de France. Action soutenue par les débutés Bernard Reynès, Marc Le Fur, Éric Straumann, Jean-Louis Masson, Fabrice Brun, Bernard Deflesselles, Guy Teissier, Jean-Claude Bouchet, Éric Pauget, Laurence Trastour-Isnart, Jean-Luc, Reitzer, Julien Aubert.
Article unique : Le provençal est reconnu comme langue de France. L’ensemble des institutions concernées et en particulier l’éducation nationale prennent en compte uniquement le système orthographique mis en oeuvre par Frédéric Mistral afin que le provençal parlé et écrit acquiert un statut de langue à part entière.

Le Collectif Prouvènço aux avant-postes

Depuis sa création, en 2000, le Collectif Prouvènço n’a eu de cesse de travailler avec les élus, avec comme actions les plus récentes un appel aux députés pour soutenir la proposition de loi de Bernard Reynès, et la publication d’un fascicule explicatif diffusé auprès des maires de Provence. Vous qui êtes attaché à votre culture, à votre langue, allez donc voir le maire de votre ville, de votre village, parlez-lui de cette brochure qu’il a reçue, intitulé « Ma ville s’engage pour la Provence ! ». Exprimez-lui votre fierté d’être Provençal, que ce soit de souche ou de cœur. Votre élu y sera sans doute sensible.

Bernard Reynès est le porteur à l’Assemblée nationale, soutenu par les députés Marc Le Fur, Éric Straumann, Jean-Louis Masson, Fabrice Brun, Bernard Deflesselles, Guy Teissier, Jean-Claude Bouchet, Éric Pauget, Laurence Trastour-Isnart, Jean-Luc Reitzer, Julien Aubert.

Une loi pour la reconnaissance du provençal comme langue de France

Bernard Reynès, député de la XVème circonscription des Bouches-du-Rhône, est à l’origine du projet de loi relative à la reconnaissance du provençal comme langue de France.

Les lignes ont commencé à bouger depuis la reconnaissance de ses langues régionales (provençal, nissart gavot) sur son territoire par le Conseil Régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, en juin 2016. Dans son argumentaire, de député souligne le fait, s’il était besoin de le rappeler, que le provençal est une langue à part entière, avec son vocabulaire, sa grammaire, sa riche littérature, confortée par le prix Nobel de Frédéric Mistral obtenu en 1904, seul prix Nobel de littérature en langue régionale connu à ce jour. Bernard Reynès et les députés à la manoeuvre mettent en évidence le fait que cette langue est bien vivante car pratiquée quotidiennement, qu’elle est en outre un vecteur d’intégration et facilite l’apprentissage d’autres langues. Cependant, l’Education nationale ne reconnait que l’occitan dans ses programmes scolaires. Or le provençal n’est pas l’occitan. D’où la nécessité d’une inscription officielle du provençal, avec sa spécificité, à la liste des langues de France, afin que son enseignement soit garanti.

Le gouvernement, et précisément les ministères concernés, celui de l’Éducation nationale et celui de la culture et de la communication, ont donc été interpelés. La reconnaissance de notre langue se fera donc dans un cadre institutionnel, respectueux de la République. Cette avancée pour la reconnaissance du provençal est le résultat d’un travail collectif, entre élus (de diverses tendances politiques), acteurs associatifs et culturels, enseignants et universitaires, comme le sociolinguiste Philippe Blanchet qui fournit des arguments de poids pour la mise en œuvre de cette loi (lire ci-contre). Bien entendu, cette avancée est également le résultat de la mobilisation des citoyens. Les Provençaux s’exprimeront lors du prochain scrutin régional. A cette occasion, le Collectif Prouvènço compte bien interpeller les candidats sur la place de notre langue régionale qu’ils comptent donner dans nos institutions. Nous restons vigilants bien que confiants suite à l’action menée par Bernard Reynès et les députés qui travaillent dans son sens. La loi qu’il porte sera adoptée !


Bernard Reynès sur le parvis de la mairie de Châteaurenard, en mars dernier. Lors de son discours dans lequel il annonçait son projet de loi, il eut ce mot pour Jean-Pierre Richard, Président du Collectif Prouvènço : « Nous avons travaillé de concert avec le Collectif, et avec toi, mon cher Jean-Pierre. »

Post scriptum :
Nous regrettons sincèrement la position du Félibrige, qui, en défedant « la » langue d’oc dans un courrier à l’attention des députés pour contrer la loi en question, donne « le pain et le couteau » aux occitanistes.

Pourquoi accorder davantage de reconnaissance à la langue provençale ?


Arguments d’un expert en sociolinguistique.

• Parce que la langue provençale est une langue porteuse de richesse culturelle, de lien social et de pluralisme, autant que toutes les langues du monde....

• Parce que le plurilinguisme collectif a une valeur éducative, culturelle et sociale reconnue, qui permet l’acquisition aisée de langues supplémentaires et le renforcement de la maîtrise des langues déjà acquises, qui permet un respect des différences et un sens de l’accueil...

• Parce que la langue provençale, langue romane, est un tremplin vers d’autres langues romanes, comme l’italien, l’espagnol, le portugais, le corse, le catalan, les autres langues d’oc...

• Parce que la langue provençale et l’originalité culturelle dont elle est porteuse sont des sources d’innovation, de développement et de solidarité aussi bien culturelles qu’économiques...

• Parce que la langue provençale fait l’objet d’un attachement important de la part de plus de 80% des Provençaux d’aujourd’hui, quelles que soient leurs origines...

• Parce que la langue provençale est une langue vivante, employée par au moins un quart de la population de la région (plus de 500.000 personnes) et parlée activement par au moins 250.000 personnes...

• Parce que la langue provençale est celle d’une création culturelle dynamique, appuyée sur un patrimoine de grande valeur, notamment littéraire, mais aussi musical, audio-visuel...

• Parce que la langue provençale est une langue à part entière, déjà dotée de son orthographe spécifique, simple et d’usage très majoritaire, dotée de ses dictionnaires, grammaires, manuels d’enseignement, revues, éditions...

• Parce que la langue provençale est perçue, vécue, pratiquée, nommée, comme une langue à part entière par l’immense majorité de ses usagers, par les institutions territoriales et par leurs élus...

• Parce que la langue provençale est déjà reconnue comme telle par beaucoup d’études scientifiques actuelles, d’organismes régionaux, nationaux et internationaux....

• Parce que la langue provençale est perçue, vécue, pratiquée, et promue comme un complément de proximité, non concurrentiel avec français et d’autres langues....

• Parce que la promotion d’une langue régionale ou minoritaire ne peut se faire qu’en s’appuyant sur sa situation réelle actuelle, sur la façon dont elle est effectivement nommée, reconnue, vécue, pratiquée, voulue, acceptée par ses usagers...

• Parce que toute autre politique linguistique appliquée au provençal est vouée à l’échec par manque de réalisme, d’adaptation, de prise en compte démocratique de l’espoir de ses usagers (notamment s’ils n’y reconnaissent même pas leur langue), par manque d’idées nouvelles, de projet de société global, par dogmatisme erroné, par aveuglement idéologique ou par pure et simple volonté de décourager, détourner et mépriser ses usagers... et ainsi d’aboutir à l’extinction définitive de la langue provençale...

• Parce que la promotion de la langue provençale s’appuie ainsi sur une dynamique originale de promotion de toutes ses variétés locales authentiques, auxquelles les usagers sont attachés, dans un esprit neuf de reconnaissance du pluralisme linguistique comme richesse et comme éthique, un esprit ouvert, adapté, réaliste et tolérant, un esprit humaniste à la mesure des enjeux du monde moderne...

Philippe Blanchet, Professeur de sociolinguistique et didactique de la communication plurilingue et interculturelle, responsable du Centre de Recherches Sociolinguistiques sur les Francophonies (CERESIF-PREFICS EA 7469), codirecteur du pôle de recherche PREFICS, responsable du Master FPMI.