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Magazine MDP 62 - Interview de Myriam Bertero-Mayol

À l’occasion de la sortie du livre "De l’olivier à l’estive, l’épopée industrielle de Salon"

D 29 janvier 2019     H 18:01     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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À l’occasion de la sortie du livre De l’olivier à l’estive, l’épopée industrielle de Salon, l’une des auteures, Myriam Bertero-Mayol, nous a accordé une interview afin de nous le présenter et d’esquisser un panorama des industries qui ont marqué la cité salonaise au siècle dernier.

Propos recueillis par Marion

Votre livre est consacré à l’histoire de la commune durant la Révolution Industrielle jusqu’au milieu du XXème siècle. On y découvre une ville tout aussi dynamique qu’aujourd’hui, moteur de tout une région. À quand remonte ce premier Âge d’Or salonais ?
Il faut savoir que la ville de Salon a bâtie sa prospérité, et ce bien avant le XXème siècle sur la culture et la transformation des olives. Dès l’Antiquité, les comptoirs grecs basés à Marseille et sa région produisaient et commercialisaient de l’huile d’olive, source de nombreux profits. En ce qui concerne plus particulièrement Salon-de-Provence (dont la première mention remonte au IXème siècle), il faut attendre le XVIème siècle et l’apparition des premiers moulins hydrauliques, le long du Canal de Craponne, pour voir réellement débuter une production significative et régulière d’huile d’olive. C’est seulement avec l’apparition des premières lignes de chemins de fer, aux alentours de 1875, que le commerce connaît un essor sans précédent, qui ne faiblira pas jusqu’au milieu des années 1910.

On parle souvent des huileries et savonneries salonaises. Or, vous évoquez dans votre livre tout un paysage industriel bien plus vaste comprenant entre autres le commerce du café, de la vannerie, de différentes huiles végétales et même de l’imprimerie. Comment expliquer une telle diversification des activités à cette époque ?
Pour répondre à cette question, il faut revenir aux procédés d’élaboration de l’huile d’olive elle-même. Après avoir été broyées par les meules du moulin, la pâte recueillie était ensuite amenée au pressoir dans des « scourtins ». Le liquide ainsi obtenu était ensuite mis à décanter dans ce que l’on appelait les « piles » afin de dissocier l’huile de l’eau. De la pulpe d’olive restante on effectuait différentes pressions de moindre qualité. Les déchets gras obtenus par ce processus servaient ensuite à la fabrication du savon. Autour de ces deux commerces se greffèrent peu à peu des entreprises annexes comme les fabricants de bonbonnes, les ferblantiers, les tonneliers et les caissiers pour l’emballage de ces produits. De même les imprimeries contribuèrent à l’élaboration des factures à en-tête, des emballages et de la publicité.

Dans votre livre, vous avez tenu à mettre en avant les lieux de développement de ces industries. On découvre donc, à travers une carte et des photographies récentes, un paysage architectural dense, qui s’étend sur toute la superficie de la commune à la fois dans le centre urbain mais également dans les plaines. Peut-on affirmer que le visage de la ville d’aujourd’hui a été façonné à cette époque ?
Restituer les locaux de ces industries dans la ville actuelle nous a semblé important, d’autant que certains de ces lieux sont encore emblématiques du paysage de la ville. Les estives, entrepôts typiquement salonais, se comptaient par centaines dans Salon. La Révolution Industrielle peut nous paraître lointaine, il n’empêche qu’elle a contribué à la prospérité de la ville et à son développement. Nous voulions donc permettre aux lecteurs de retrouver dans la ville actuelle les traces du passé historique de la commune.
Cette richesse soudaine a été le déclencheur de l’extension de la cité avec la création de nouveaux boulevards mettant en valeur les « châteaux » et villas de ces « nouveaux riches ». Des monuments, des fontaines, un théâtre, un hippodrome, un kiosque à musique ont contribué à l’embellissement de la ville. Les derniers remparts sont détruits et ont été remplacés par les grands cafés qui faisaient l’orgueil des nouveaux cours. Le tremblement de terre de 1909 qui a détruit un grand nombre de vieilles bâtisses a permis, lors de la reconstruction, d’élargir certaines rues du centre ancien. Le visage de la ville actuelle est donc le fruit de modifications successives, certaines heureuses comme la création d’industries, d’autres plus sombres comme le tremblement de terre de 1909.


De gauche à droite, Monique Eymard et Myriam Bertero-Mayol, qui ont signé le livre
De l’olivier à l’estive, l’épopée industrielle de Salon.

Article paru en version provençale dans le magazine Me Dison Prouvènço n°62 – Janvier 2019

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