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Magazine MDP 63 - Entre Crau & Camargue Manade Lescot Frères

D 27 mars 2019     H 15:31     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Entre Crau & Camargue Manade Lescot Frères

Cette manade sise à Saint-Martin-de-Crau est une affaire de famille depuis plus de 150 ans. La direction de ce patrimoine incombe aujourd’hui à Sébastien et Frédéric Lescot, ce dernier étant par ailleurs le président de l’Antique Confrérie des Gardians. Un destin.

En 1850 la famille Lescot quitte Saint-Rambert-d’Albon pour venir s’installer au Mas du Mazel, près de Saint-Martin-de-Crau, où elle exploite la vigne. Veuve, Madame Lescot est grandement aidée par ses fils, François, Antoine et Joseph, le plus jeune. Ce dernier, au lendemain de la guerre de 1870, épouse une demoiselle, Marie Latty, dont les parents sont propriétaires du Mas du Village, près de Saint-Martin-de-Crau. Joseph y suit sa femme et aide à l’exploitation du mas et du grand troupeau de brebis.
Un jour de 1875, Joseph Lescot, qui depuis pas mal de temps regardait avec envie les manades qui paissaient en Crau et côtoyait souvent les milieux taurins et gens de bouvine, apprend que le Comte de Laborde-Caumont a l’intention de vendre quelques taureaux et vaches. Ne pouvant résister à cette belle occasion, tant les bêtes proposées étaient de bonne origine, quelques jours plus tard, il acheta vingt-et-une vaches et un taureau.
Ainsi devenu propriétaire d’une vingtaine de bêtes, Joseph Lescot n’a de cesse d’agrandir son troupeau. Après avoir aménagé les premières installations nécessaires à toute manade, il achete quelques mois plus tard les bêtes de la manade du poète camarguais José d’Arbaud du Grand Radeau. Sa manade ainsi créée, Joseph Lescot choisit pour sa devise les couleurs vert et jaune, et pour marque les deux lettres majuscules J et L. Après la Grande Guerre de 14-18, la manade Lescot va rassembler sur ses pâturages du Mas du Village jusqu’à plus de 1000 bêtes. Joseph Lescot, surnommé « Lou Papé », est un père prolifique et ses dix enfants l’aideront tour à tour dans ses tâches journalières. Les années passent, et en 1927 Joseph Lescot, le fondateur de la manade qui porte son nom, décède.

Quatre générations de manadiers
Albert, le fils hérite du Mas du Village avec son frère Marius et sa sœur Adelène. En 1935, Marius quitte l’association, Albert, avec Adeline, continue la gestion du mas paternel. Il épouse alors Adrienne Monnier, demoiselle d’un mas du voisinage dont la sœur va, quelque temps plus tard, épouser Léon Pagès, gardian amateur de la manade. Devenus beaux-frères, Albert Lescot et Léon Pagès, mus par la même passion de la bouvine, vont travailler ensemble et se spécialiser dans le dressage des chevaux. Ils deviendront de très bons « caballeros » fortement appréciés des « afeciouna » méridionaux et même hors zone taurine. C’est la grande époque de la manade Lescot et du Village du Mas.
Malheureusement, en 1936, en pleine gloire, Albert Lescot tombe de cheval lors d’un festival taurin et équestre. C’est le début d’un mal qui l’emporte en 1939, à l’âge de 37 ans. La jeune veuve Adrienne et sa sœur Adèle vont alors essayer de sauvegarder l’essentiel de la manade malgré les difficultés dues à la guerre et à l’occupation allemande. Après la Deuxième Guerre Mondiale, toute la responsabilité du Mas du Village va reposer sur les épaules d’Adrienne Lescot et de son jeune fils unique Christian. Celui-ci va d’ailleurs continuer sur les traces de son père Albert, et devenir à son tour « caballero en plaza ». Cette passion le pousse à entreprendre une amélioration de la race de ses taureaux. En 1949, il achète un étalon au Duc d’Albacerada, puis un autre au domaine de Ricard, d’origine Infante de Camera. Puis en 1969, il décide de revenir à la race camarguaise par des apports successifs de bêtes de race camargue en provenance des manades Raynaud, Guillierme, Rébuffat, Laurent et Mailhan. Malheureusement, sa santé décline et en 1988 le milieu taurin apprend la triste nouvelle : Christian Lescot est décédé à l’âge de 58 ans.
Mais le flambeau de la dynastie des Lescot ne va pas pour autant s’éteindre bien au contraire. Ses fils, Frédéric et Sébastien, sont bien décidés à le raviver encore plus. Ainsi se perpétue au Mas du Village la quatrième génération des manadiers Lescot, résolue à porter haut et loin la devise verte et jaune. Les gardians et cavaliers de la manade Lescot participent à de nombreux concours d’abrivado, ainsi qu’à des activités taurines annexes, encierro, ferrades, et font apprécier leur savoir-faire tant en France qu’à l’étranger.

Frédéric Lescot, garant des traditions centenaires des gardians
Frédéric Lescot, Président de la Confrérie des Gardians, dirige d’une main de maître ce regroupement qui date de plus de 500 ans. Cette confrérie soutient tous les acteurs professionnels de la bouvine, défend l’intégralité du territoire dans le cadre des traditions, et maintient les us et coutumes corporatifs. Une tâche importante est aussi celle de resserrer les liens de camaraderie professionnelle et de venir en aide aux gardians. A ce titre, la Confrérie des Gardians fut une des toutes premières corporations à créer une mutuelle pour subvenir aux familles des manadiers victimes d’accidents professionnels.

Photos : Joël Giannoni


Bandido à l’ancienne


Vert et jaune, les couleurs de la Manade Lescot


Sébastien Lescot

Article paru en version provençale dans le magazine Me Dison Prouvènço n°63.