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Magazine MDP 65 - Danger d’occitanisation des Hautes-Alpes

D 10 octobre 2019     H 12:10     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Danger d’occitanisation des Hautes-Alpes

Les habitants des Hautes-Alpes ont récemment été victimes d’une campagne de promotion de l’occitan, au préjudice du provençal alpin (ou gavot). Une réunion de crise s’est tenue le 29 juin dernier à Tallard, une autre était programmée le 13 septembre, à l’initiative du département. En voici le compte-rendu, avec en introduction les témoignages de Stéphane Delval, président du groupe folklorique La Taïole, et Marie-Michèle Desclos, professeur de provençal, tous deux respectivement vice-président et membre de l’Union Provençale. En complément, une interview de Sylvie Chedeville, professeur à la Calendreta de Gap, mise à pied par cette institution occitaniste pour avoir enseigné sa propre langue, le gavot !

Stéphane Delval fut un des premiers à tirer le signal d’alarme suite aux manœuvres occitanistes dans son département. Pour rappel, dans un premier temps, publication du Schéma Départemental de la Culture 2018-2021 dans lequel le terme « occitan » est employé au détriment de celui de « gavot » ou « provençal alpin ». Deuxième acte, une exposition intitulée « L’Occitan dans les Hautes-Alpes : una lenga millenària au present per l’avenir ! » inaugurée le 24 juin dernier à l’Hôtel du département, à Gap. Enfin sont organisées durant l’été les « Rescòntres occitans en Provença ».
Le président de La Taïole redoute une certaine contagion de cette promotion occitaniste dans d’autres départements limitrophes des Hautes-Alpes. « A la fête de Gréoux-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, les rues de la ville sont désormais pavoisées de drapeaux occitans. Au niveau folklore, cela nous a déjà séparés de nos frères historiques des vallées cédées d’Italie (Valle Varaita, Val Cluson…). Depuis que l’occitan fonctionne dans leurs vallées, les rapports entre associations des Hautes-Alpes et du Piémont sont devenus presque nuls. »
Pour Marie-Michèle Desclos, « Cela fait des années que les occitans sont à l’œuvre pour mettre dans l’esprit des Français - et pas seulement des Provençaux - que la langue parlée des deux côtés du Rhône est l’occitan. Pour preuve de l’activisme des Occitans auprès des autorités françaises, le nom du C.A.P.E.S. qui est C.A.P.E.S. d’occitan langue d’oc. On est témoin tous les jours de la progression du terme occitan dans les médias aussi bien régionaux que nationaux. »
Alors, quelle stratégie pour renverser la tendance ? « Mettre en avant le mot provençal autant que faire se peut pour contrer le mot occitan dans toutes les actions que mènent les différentes associations dans la région, suggère Mme Desclos. Nous devons sensibiliser les institutions régionales, départementales et communales au problème. »
Face à la bronca des associations gavotes, Bernadette Saudemont, Conseillère départementale des Hautes-Alpes, Déléguée à la vie associative, aux arts vivants, aux affaires européennes et régionales, a donc organisé une réunion le 13 septembre, à l’Hôtel du département des Hautes-Alpes, à Gap, dans le but de « faire une mise au point ». En lire le compte-rendu ci-après.

Le Collectif Prouvènço aux côtés de nos amis haut-alpins
Le Collectif Prouvènço, avec d’autres association de défense de la pluralité des langues d’oc, comme l’Union Provençale, veillera à ce que cette notion fondamentale de respect mutuel soit mis en œuvre. Le jour même de cette réunion, le Collectif Prouvènço a envoyé à Stéphane Delval le rapport de l’assemblée plénière du Conseil régional du 24 juin 2016, pour qu’il soit transmis à Mme Saudemont.
Cette question de la préservation de la langue provençal alpine sera au cœur des débats lors de la prochaine réunion de la coordination « Gardaren Prouvènço ! », à laquelle seront bien sûr présents nos amis Haut-Alpins.
Petit rappel : les revendications exprimées lors de la grande manifestation « Gardaren Prouvènço ! », à Arles, en octobre 2015, apportèrent quelques mois plus tard au nouveau président de la Région, Christian Estrosi, les arguments pour la rédaction du rapport de l’assemblée plénière du Conseil régional validant les langues régionales du territoire. Il nous reste donc à faire entendre cela par l’Education nationale. Vaste programme…

A lire : le rapport de l’assemblée plénière du Conseil régional du 24 juin 2016 :

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Réunion à haut risque pour la langue gavote ?
Etaient conviés à cette réunion : Stéphane Delval, vice-président de l’Union Provençale, président du groupe folklorique La Taïole, animateur de l’amicale « Le Cercle Alpin » ; Raymonde Eynaud, du groupe folklorique Le Pays Gavot, vice-présidente de la Fédération Grande Provence, directrice du journal Lou Semenaire ; Claude Servet et Paul Motte des Mantenaires dou Chansaur ; Michel Prat de l’AELOC (Association pour l’enseignement de la Langue d’Oc.) ; Frédéric Di Gallo, président de l’IEO (Institut d’Estudis Occitans) des départements 04 et 05 ; André Faure de l’IEO et des Calendreta ; Emmanuelle Allamano, directrice du centre départemental de ressources des arts des Hautes-Alpes ; Maryvonne Grenier, conseillère départementale chargée de l’éducation, Bernadette Saudemont, Conseillère départementale des Hautes-Alpes, était assistée de sa secrétaire.

En préambule, Mme Saudemont donne une explication du Schéma départemental de la culture et évoque le problème de la dénomination du mot occitan dans l’appellation de la commission départementale, nœud du problème qui agite nos amis Provençaux Haut-Alpins. Michel Prat affirme alors que « ce terme est le bon », en invoquant les textes du ministère de l’Éducation nationale. Les représentants du département indiquent donc à tous qu’ils doivent appliquer le terme officiel défini par l’éducation nationale : occitan-langue d’oc.
Mme Saudemont demande cependant à Stéphane Delval d’expliquer sa position sur le sujet, mais également celle de la Région, ce que fait le président de La Taïole en mentionnant le rapport de l’assemblée plénière du Conseil régional du 24 juin 2016, traitant précisément des langues régionales reconnues dans le territoire Provence-Alpes-Côte d’Azur, à savoir le provençal, le niçois et le gavot.
Paul Motte met en avant le besoin de diversité de la langue et affirme qu’il ne retrouve pas cette volonté chez les occitanistes. Il regrette également qu’il n’y ait pas eu de concertation, en amont de la création du nouveau Schéma départemental, avec les différents acteurs s’intéressant et défendant la culture régionale haute-alpine. Mme Saudemont approuve puis indique aux représentants de l’IEO qu’elle aurait aimé en effet obtenir plus d’informations. Et de préciser : « Native du Dévoluy, je suis très attachée à notre langue et à notre culture haute-alpine. Je vous demande à tous d’apprendre à travailler ensemble pour donner un avenir à notre langue. »
André Faure se justifie en expliquant qu’il n’avait pas les coordonnées de tous… que la mise en place de l’exposition était du ressort de l’IEO... Frédéric Di Gallo, le président de l’IEO (pour les départements des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute Provence), lui, en vient enfin au but réel, selon lui, de cette réunion : la validation de la mise en place par l’IEO de cours d’occitan dans les écoles primaires et les collèges, avec l’aide du département, en créant des stages de langue pour les enseignants. Il explique que l’IEO Provence organise chaque année dans le Champsaur des stages en immersion dans la culture occitane (danse, chant, langue…). Paul Motte indique y être passé et qu’il a été surpris de voir les danses traditionnelles haute-alpines enseignées par des Italiens et non par les locaux… Michel Prat lui répond que « c’est ça la pluralité de l’occitan ».
Mme Saudemont interpelle Stéphane Delval sur le « manque d’identité et de fierté des Haut-Alpins ». Stéphane Delval lui répond que beaucoup de familles ont quitté les Alpes et soulève le problème du manque de connaissance de leur histoire par les habitants. « Il serait important de remettre à l’honneur notre drapeau » propose le président de La Taïole. Mme Saudemont en prend bonne note, garantissant de pavoiser l’Hôtel du département… « si le Conseil départemental lui en donne l’accord », et d’en faire la promotion dans le journal local (Le Dauphiné Libéré). Elle conclue cette réunion en affirmant être à l’écoute et promet de rencontrer les élus de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur pour faire le point. Mais pour Stéphane Delval, Raymonde Eynaud, Claude Servet et Paul Motte, la réunion s’achève avec une certaine frustration : « Nous avons eu le sentiment que l’IEO avait préparé depuis longtemps cette réunion, explique Stéphane Delval. Etions-nous présents seulement en simples spectateurs, pour approuver leurs actions proposées ? Et certaines déjà bien engagées ! (depuis deux ans les programmes de l’IEO sont en place, NDR). D’où un sentiment de non abouti pour certains d’entre nous, et un questionnement de fond quant au respect des langues anciennes de notre région et à la prise en considération de nos nombreuses actions dans nos terroirs : outre la langue le chant, la danse, le théâtre. Nos actions seront-elles prises en compte ?... »


Avec d’autres associations, la troupe folklorique La Taïole se démène pour la culture locale. Pour son président, Stéphane Delval, cette activité est un facteur d’intégration sociale et intergénérationnelle et un bon moyen de valorisation des richesses culturelles de son terroir.


INTERVIEW Sylvie CHÉDEVILLE

Interview de Sylvie Chédeville, professeur récemment licenciée de la Calendreta de Gap.

Vous avez participé à la réunion de Tallard le 29 juin dernier. Quelle a été la motivation de votre présence ?
Fau partida de l’associacion de la Taïole. La cultura ligada a la lenga es impòrtanta per ieu (cant, musica, dança...). Eri aquí en tant que membre sosten. De mai, pensi que mantunas associacions poirián far mai encara per la lenga. Es pas de far sonque de mòstra papièr, meme dins l’establiment dau despartament, que va faire bolegar la lenga. Totun, es quand meme un prumièr grand pas. Mas çò que cal, es de la parlar, la viure, la partejar, la respirar entre totes, vòli dire quin que siá l’endrech, l’activitat, lo luòc... Pòdi simplament faire lo constat que demora ben limitat aquel biais de pensar dins lo 05, malgrat lo sosten dau despartament !

Est-il vrai que vous avez été licenciée de l’école Calandreta de Gap où vous enseignez ? Pour quelle raison ?
Mon contracte educacion nationala podiá estre renovelat dins l’escòla de Gap sonque sobre l’accòrd de la Fédéracion de Provença qu’a decidit de plaçar d’autres gents non locutors ! Per aquò soi encuei dins una autra Calandreta, en defòra de PACA per respondre a la volontat de la Federacion Provença ! Mas cal saupre : la lenga es presenta, i compres amb los animators, las adjudas mairalas... e los parents que venon cercar los enfants en parlant en lenga nòstra. Un modèl solid per las escòlas Calandretas. A Gap, la lenga nòstra es a dire lo parlar que se trapa e s’ausís a l’entorn de la Calandreta de Gap... la lenga aupenca.

En tant qu’enseignante, que vous inspire cette activité de promotion de l’occitan (définie comme « norme classique ») dans ce département ?
Res. M’an demandat de partir de la Calandreta per de qué aviáu tròp d’importància dins lo pòble que parlan dins lo parçan o que me sostene fasiáu aparentament d’ombre per quauques personas que la parlan pas ! Dins lo despartament dau 05, una majoritat dels gents vòlon pas parlar lor lenga o sabon pas la parlar e/o la transmettre ; aquò me tafura quand meme ! La promocion de l’occitan va pas anar ben luènc quand vesem coma los non locutors maltractan aqueus que la parlan e la vivon. Amb ma preséncia dins l’escòla, la causa aviá plan cambiat. L’escòla èra venguda un ligam entre los locutors e las associacions diversas favorables a la lenga nòstra.

Quels seraient à votre avis les recours pour faire valoir la spécificité culturelle du département des Hautes-Alpes ?
Faire viure la lenga dins las escòlas (a l’ora d’ara, en veisi pas pus), las familhas e dins d’associacions culturalas amb una lenga que se parlariá naturalament quin que siá l’activitat. Per insitir, favorisar lo Patrimòni Cultural Immaterial : la lenga en familhas, los rescontres divèrs de favorisar entre los quartièrs d’una vila per ex, e ont la lenga nòstra seriá lo ligam prumièr ; aver son « CIRDÒC » Mediatèca dins lo 05 ; se betre en abans dins los mèdias, la TV (Informacions, films...) las radiòs (per tanben s’ausir en veitura...). Vau pas tornar prendre çò que chascun conéis o pensa... L’i a de diferéncias dins ton parlar, fai pas res, PARLA ! Continua de favorisar lo cant, las fèstas especificas de las nòstras regions, las danças, la coisina... amb e dins la lenga e meme en comerci de promiscuitat... per de que vos disi plan, « Es pas mòrta dau tot »... Ben au contrari, es una lenga que viu, viventa mas de comprene dins son ensem, de gausar dire ; nos cal sonque èstre conscient de tot aquò.

Comment voyez-vous l’avenir de la culture régionale, et in fine des langues régionales ?
Las lengas regionalas e la cultura demandan sonque de viure sus la plaça publica... Faguèri una sortida dins l’encastre de la fèsta d’Antan a Laborel en julhet de 2019. Cecilia, que parla la lenga, aviá lo talhièr de lana e ieu lo talhièr d’amarinas. La jornada tota avem rescontrat de gents que nos ausissian totes dos charrar naturalament en lenga. E un grand nombre d’entre eles se son balhats lo drech alora de nos parlar en lenga mairala e de partejar un polit momenton amb nosautres ; de còps se son assetats per aprofiechar fin fina d’una especificitat qu’avián quasi oblidat... La lenga bèla dau país, de lor país. De còps, nos fasián la remarca de quauques diferéncias per rapòrt a lor maire o paire mas las lengas èran subran desligadas coma per magia. 2500 personas son vengudas per aquela fèsta. Un Grand mercé a tots aqueus que son passats a nòstra banca...

Réponses de Sylvie Chédeville en graphie « gavot-occitan ».