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Me Dison Prouvènço N°66 - Patrimoine

Costume varois au XIXe siècle : trésors d’hier, passion d’aujourd’hui

D 15 janvier 2020     H 11:06     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Présentée cette année au Musée des Comtes de Provence, à Brignoles (83), l’exposition « Le costume varois au XIXème siècle », qui a eu lieu du 27 avril au 15 décembre 2019, a permis de mettre en scène les différents costumes que portaient les Varoises et des Varois d’alors. L’occasion pour le magazine Me Dison Prouvènço de présenter à nos lecteurs la richesse de ce patrimoine et de montrer, s’il en était besoin, que la tradition est encore bien vivante aujourd’hui.

Les paysans

L’exposition débute par le vêtement des paysans, habit de travail en tout premier lieu. Pour des raisons économiques, la garde-robe de la paysanne n’est pas très fournie. Son costume se compose des mêmes éléments que ceux des femmes les plus riches ; la différence se trouve au niveau de la qualité des tissus.
Les doublures sont réalisées en tissu de moins belles qualités ou récupérées sur d’anciens vêtements, pratique que l’on retrouve même chez les classes les plus aisés. Il doit être solide et confortable. On retrouve des éléments en chanvre, lin ou coton d’une facture plus ou moins grossière. La jupe est en toile épaisse blanche bi, ou à rayures à dominantes rouge, blanc, bleu, caractéristiques du vêtement de travail. La jupe est recouverte d’un large tablier avec des poches. En haut, la chemise de propreté est recouverte d’un corset qui soutient la poitrine. Le fichu de simplicité porté sur le corset permet d’éponger la transpiration. La coiffe est simple généralement plate ou a courbure surmonté d’un simple chapeau.
Le paysan quant à lui porte une blouse de travail : la blode. Généralement bleue ou noire, elle vient par-dessus une chemise de propreté. Elle protège les vêtements de la poussière et se porte en toute saison. Un mouchoir noir autour du cou absorbe la transpiration. La taillole, bande de flanelles serré à la taille, permet de tenir au chaud et assure le bon maintien de la taille. Elle est le plus souvent grise, beige ou noire, parfois, rouge, bleue ou verte.
Ces tenues rustiques sont remplacées le dimanche et lors des jours de fête par un costume plus élégant. La religion tenant une place très importante au sein de la société au XIXème siècle, le dimanche et les jours de fêtes religieuses marquent un moment fort du calendrier, les beaux costumes sont de sortis.
La paysanne échange son épaisse jupe à rayure contre une robe d’indienne ou un cotillon piqué parfois hérité d’une femme plus aisée. La coiffe très simple qu’elle porte habituellement sous son chapeau de paille se fait plus élégante le dimanche. De même, le paysan revêt un gilet et une veste courte en drap de laine qu’il porte à la place de la blode.
Peu de vêtements de la paysannerie nous sont parvenus car utilisés jusqu’à l’usure complète, rares sont ceux qui furent conservés. Les costumes portés de nos jours, et donc ceux présentés lors de l’exposition, ont été reconstitués à partir de tableaux ex-voto situé dans les chapelles et en particulier celle du Palais des Comtes de Provence.

Les artisans et les bastidans

Autres classes sociales, autres costumes. Nous découvrons alors les magnifiques habits des artisans et des bastidans. On comprend à la seule richesse du tissu que ces derniers appartenaient à des classes aisées. L’artisane avec son mari tient généralement boutique en ville et s’apprête élégamment pour recevoir ses clients. Quant à la bastidane, elle vit avec son époux, propriétaire terrien.
Leurs vêtements sont de qualités supérieurs à ceux des paysans. Si la composition ne diffère pas, la distinction se fait sur la qualité des étoffes et la finesse des ornements ainsi que le port quotidien de bijoux raffinés. Ainsi la chemise de propreté est taillée en coton ou en lin, légère et brodée. La femme aisée porte un cotillon joliment piqué et boutissé sur le bas, avec un caraco court ou long.

A la mode de Paris

Durant la deuxième moitié du XIXème siècle, la robe en une seule pièce se développe sous l’influence de la mode parisienne à laquelle les femmes des classes supérieures ont accès. En indienne ou en soie, la robe se porte sur un cotillon piqué. Elle est protégée par un tablier en indienne ou en soie. De la même manière, les fichus sont faits de beaux tissus colorés, ou blanc, finement brodés, portés le dimanche par les femmes les plus riches.

Pour conclure, il est important de préciser que ces magnifiques costumes et ornements sont encore portés aujourd’hui à Brignoles et dans le Var, notamment au moment des grandes fêtes traditionnelles. Plusieurs associations ont d’ailleurs participé à la programmation culturelle de l’exposition dont l’association Lei Roucas dóu Barri, de Pierrefeu-du-Var, et l’association brignolaise Lei Tambourinaïre de Sant Sumian, afin de faire découvrir aux jeunes écoliers les techniques du boutis, du tuyautage et de la danse provençale.

Remerciements à toute l’équipe du musée pour son accueil et ses explications.

Marioun

Informations :
Musée des Comtes de Provence, Place des Comtes de Provence 83470 Brignoles
Tél. : 04 94 86 16 04
@ : museebrignoles@caprovenceverte.fr

Définitions :
• La blode : une blouse qui protège les vêtements de la poussière et se porte par-dessus, en toute saison.
• Le piqué : une couche de ouate intercalée entre deux de coton, opération qui se fait avec l’étoffe tendue sur un cadre de bois.
• Le boutis : deux toiles de coton cousues ensemble et rembourrées par endroits de mèches de coton.
• Le tuyautage : technique de mise en forme ondulée de la coiffe.

Article paru en version provençale dans le magazine Me Dison Prouvènço n°66.

Version PDF consultable ici :

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