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Un son actuel pour défendre la lengo nostro

Interview de William Loiseau, membre du groupe Les Cigales engatsées

D 16 novembre 2020     H 14:51     A La Chourmo dóu Couleitiéu    


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Li Cigales Engatsées an pas pouscu canta tout l’estiéu et an pas pouscu mestre souto presso soun nouvèu disc. S’en pren à-n-aqueste Counasdevirus qu’es vengu metre lou pàti dins li proujèt d’aqueste dinami combo rock’trad’ prouvençau. Lot de soulas : un album quatre titre i coulour de Prouvènço pèr rescaufa l’ivèr.

Les Cigales Engatsées n’ont pas pu chanter tout l’été ni mettre en boîte leur nouveau disque. La faute à ce Connardevirus qui est venu mettre le waï dans les projets de ce dynamique combo rock’trad’ provençal. Lot de consolation : un album quatre titres aux couleurs de la Provence pour réchauffer l’hiver.

Propos de William Loiseau, recueillis par Cristòu, rédacteur en chef du magazine Me Dison Prouvènço.

Les Cigales Engatsées viennent de sortir un EP 4 titres. Pourquoi ce choix de format réduit ?
Nous devions à l’origine sortir un album en fin d’année. Le coronavirus est passé par là, et nous avons dû nous adapter. Nous avons décidé de faire alors un EP « Spécial Provence », en collaboration avec Valou, notre ingénieur du son. Au final, certes, ça reste quatre morceaux, mais nous sommes contents du résultat, de la pochette à la musique.

La crise a sérieusement impacté le monde du spectacle le groupe. Comment survivre dans ces conditions ?
Pour un groupe récent comme le nôtre, qui essaie de sortir son épingle du jeu, c’est très compliqué. J’avoue que ça démoralise. Nous avions été sélectionner pour nous produire à la Foire de Marseille, et nous étions programmés à un festival, une première pour le groupe. Nos concerts annulés nous privent de rentrées d’argent, de la possibilité de vendre nos CD après le concert ou tout simplement de nous faire connaître ! Actuellement, le seul moyen de montrer qu’on est là, ce sont les réseaux sociaux, le virtuel en somme. Faire une vidéo, mais là encore, il faut des moyens…

Dans les Cigales Engatsées, il y a d’un côté « les gentils », de l’autre « les méchants ». Au-delà de cette image amusante, il y a un travail d’hybridation entre musique traditionnelle provençale et rock le plus dur. Comment parvenez-vous à faire la synthèse ?
Le mouvement actuel qui fonctionne bien dans cette hybridation est le punk-rock celtique ou le punk-folk. C’est l’apport d’un élément folk sur une musique énergique à base de rock : basse-guitare-batterie. On peut dire que nous sommes dans cette veine-là. En revanche, intégrer le galoubet et la vielle à roue sur le mur de sons de la section rythmique nous a demandé beaucoup d’efforts. Sans rentrer dans les détails, je pense que la synthèse s’est faite avec l’apport musical de chacun et une vigilance pour garder un équilibre d’ensemble. Nous avons dans cet esprit retravaillé tous les morceaux un par un, fin 2019 début 2020, en éliminant ce qui n’apportait rien, en aérant les morceaux. Dans ces moment-là, il faut savoir mettre son ego de musicien de côté, et honnêtement, ce n’est pas évident. Un peu comme avec un acteur de film qui a tourné une scène qui lui tenait à cœur et qui, au final, n’apparaît pas au montage : ça n’apporte rien au déroulé de l’histoire, c’est l’histoire qui prime.

Si je comprends bien, la gageure dans ce genre de projet, tant sur le plan technique que stylistique, est de faire cohabiter instruments trad’ et électriques, avec là-dessus une batterie énergique. Avez-vous une méthode particulière ?
On décortique tout. On joue basse-batterie, puis basse-batterie-guitare, puis galoubet-vielle, puis guitare-chant, etc. A la fin, il faut que sans batterie le morceau tient tout seul. Le groupe est constitué de quatre instruments mélodiques, avec un chant, et nous jouons rarement la même chose. La cohabitation est parfois complexe, mais on finit toujours par trouver un compromis. La vielle est particulièrement pénible à ce niveau-là du fait de sa particularité d’avoir des bourdons qui jouent en permanence la même note. J’avoue que très souvent, c’est moi qui sème la zizanie !

Avec ce nouvel opus, il n’y pas seulement du rock mais aussi des influences reggae et dub, et de longues introductions instrumentales.
Le côté reggae/dub et ska, c’est les influences de Seed, et on trouve ça bien d’alléger notre musique d’instants plus posés. Nous avons pris un risque en faisant de longues introductions instrumentales, c’est un choix artistique. En concert, ça passe bien, mais aujourd’hui, c’est plus compliqué de plaire à l’écoute en faisant ce choix. Cependant je pense qu’il ne faut pas en abuser, mais on assume, on veut que les gens rentrent dans notre musique.

Ma collègue Marion me faisait remarquer que le « Rose », vous le passez en courant ! Votre version ska punk du traditionnel Pèr Passa Lou Rousen est assez décoiffante, vous en avez plein la musette de ce genre de détournement…
Le tempo de Pèr Passa Lou Rousen est effectivement très rapide. Ce qui me fait marrer c’est de voir en concert les enfants se déchaîner dessus ! Ce morceau fédère énormément, parce que tout le monde en connaît l’air. On a décidé d’exagérer fortement le trait, et au fur et à mesure nous l’avons ciselé pour qu’il soit bien nerveux et en même temps festif. Pour en arriver là nous avons choisi de grossir le trait, on teste pour savoir jusqu’où l’on peut aller et on ajuste les curseurs par la suite.

« On dépoussière l’olivier, ou plutôt, comme on est des cigales, on met un coup de pied dans la fourmilière. »

Le choix de reprises n’est pas anodin : Saboly, la Coupo Santo… C’est une manière de vous réapproprier le répertoire traditionnel ?
Oui c’est cela, on se réapproprie le répertoire et on tente de bousculer tout ça. On dépoussière l’olivier, ou plutôt, comme on est des cigales, on met un coup de pied dans la fourmilière. A l’époque où ces standards ont été créés, la musique populaire était différente. Les textes sont trop long pour être incorporés tel quel à des compositions modernes. C’est utopique, à mon avis, de penser qu’on prend du plaisir à écouter sept fois le tandem musical couplet/refrain de La Cansoun De La Coupo ou de La Cambo Me Fai Mau. On peut prendre plaisir à le chanter seul ou en assemblée, mais c’est trop répétitif de nos jours pour pouvoir être repris à l’identique et espérer une quelconque adhésion auditive. Il faut donc adapter ces textes et ces musiques pour continuer à les faire vivre. Et puis on me l’a dit récemment : notre version de La Coupo permet quand même de la chanter, on a donc atteint notre objectif.

Il y a un côté iconoclaste dans cette approche. Bref, il faut parfois oser transgresser les règles, avec humour…
Pour Pèr Passa, c’est parti d’un délire à table quand j’ai demandé à quelqu’un de me passer le rosé… Pour La Cambo Me Fai Mau, à un moment, j’exagère le chant en appuyant sur « Maaaaaauuu » et en boitant sur scène. Après tout, le texte est assez drôle, non ?

Bon, après l’écoute de vos quatre titres on reste sur sa faim. Pas d’album en vue ?
Comme je l’ai dit précédemment, un album était prévu cette année, ce sera certainement l’année prochaine. On tentera surement un financement participatif.

Pour ce nouveau projet, travaillez-vous sur des compositions ? Si oui, de quelle manière ?
A dire vrai, on est plutôt productif ! Nous avons pas mal de morceaux de côté. Tous les titres sont élaborés sur ordinateur en amont. Seed, le guitariste, et moi maîtrisons bien la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) et on s’échange beaucoup d’idée. Seed possède en plus l’avantage de pouvoir boucler un morceau « clef en main ». Pour ma part, je travaille sur la fluidité, en lissant l’ensemble avec le chant, je fais des coupes, bouge des parties et les soumets aux autres. Par exemple, Florian nous envoie une mélodie de galoubet, Seed la met sur une composition, je rajoute le chant et restructure le morceau. La basse-batterie en prend connaissance et quand on arrive à notre local, tout le monde connaît le morceau. Là, on finalise en changeant parfois certaines parties, vu que le couple basse-batterie va apporter sa propre touche. Aussi, lorsqu’il est joué ensemble, le morceau prend vie et des idées nouvelles viennent. Souvent, Jean-Phi à la basse soumet une manière d’impulser le morceau parce qu’il est le mieux placé pour sentir l’orientation mélodie-rythme. Et comme nous avons de quoi enregistrer assez proprement les morceaux au local, ça nous permets d’écouter et de corriger les défauts, tester une idée et la comparer.

Que peut-on souhaiter de mieux aux Cigales Engatsées pour la prochaine année ?
De donner enfin des concerts, de réalisere un album, des clips et que lou cant di cigalo s’espande dins touto la Franço !

Les gentils : William, au chant et à la vielle à roue, et Florian au galoubet-tambourin.

Les méchants : Mika à la batterie, Jean-Philippe à la basse, Seed à la guitare.


Les Cigales Engatsées : « Li Colour de Prouvènço »
Avec cet opus 4 titres, le groupe annonce la, ou plutôt, les couleurs. La défense de la langue provençale, d’une certaine tradition aussi, ce qui n’empêche un son très actuel qui devrait séduire les plus jeunes. Je me souviens de leur prestation lors de la dernière Assemblée générale du Collectif Prouvènço, aux Taillades. En quelques riffs et couplets bien ajustés, le groupe avait réussi à emballer l’assistance, tous âges confondus. Ce petit album nous donne des fourmis dans les jambes, une savoureuse mise en bouche avant un album plus dense que l’on attend avec impatience.
Cristòu

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